Apprendre le français à l’école suédoise

Beaucoup de parents expatriés se posent la question de la manière d’enseigner leur langue maternelle à leurs enfants scolarisés dans l’école du pays dans lequel ils vivent. Les méthodes sont en effet souvent différentes d’un système à un autre et peuvent décontenancer plus d’un parent qui s’inquiète que son enfant ne sache jamais lire ou écrire sa langue maternelle. Dans cet article, je propose un retour d’expérience en tant que mère d’une enfant de 7 ans habituée au système éducatif et scolaire suédois depuis l’âge de 3 ans.

Ma fille aujourd’hui scolarisée en Åk 1 (équivalent de la deuxième année de primaire) n’a connu que le système suédois. L’année de förskoleklass (première année d’école primaire) est une année transitoire pour s’adapter au nouvel environnement qu’est l’école. Les enfants commencent seulement à s’initier à l’écriture et à la lecture mais c’est vraiment en Åk 1 que les enfants apprennent à lire et à écrire comme on le ferait en cours préparatoire à l’école française (pour plus d’information sur la méthode d’apprentissage de la lecture et de l’écriture en Suède, lire cet article précédent).

La manière dont je procède est intuitive : j’ai surtout observé les difficultés qu’un enfant pouvait rencontrer pour passer du suédois au français afin d’adapter mes explications suivant ses besoins.

Observation 1 : ne pas vouloir aller trop vite

L’an dernier, nous avions fait le choix d’un programme de CP français à distance adapté aux enfants expatriés afin de suivre en parallèle le programme du cours préparatoire français à son rythme, le but étant d’envoyer la totalité des devoirs quand on le souhaitait d’ici la fin juin. Nous étions certains d’y arriver sans trop de difficultés d’autant plus que l’école se termine à 13h30 en Suède et que nous avions du temps l’après-midi pour travailler un peu le français. En réalité, nous nous sommes vite rendu compte de plusieurs difficultés.

Tout d’abord, le programme français se base sur des connaissances déjà acquises en maternelle qui ne sont pas intégrées par nos enfants qui n’ont pas suivi le système français. On est donc très vite dépassé par les exercices proposés par les cours à distance et cela peut être stressant de nous dire que notre enfant est en retard. En réalité, il n’est pas en retard mais il acquiert les connaissances différemment. Le système suédois est plus lent au démarrage car il travaille beaucoup sur la consolidation des bases. J’ai ainsi remarqué que les enfants du système suédois finissent par « rattraper » sans soucis et sans trop d’efforts les enfants du système français à partir de la fin d’Åk 1. Il ne faut donc pas chercher à calquer le modèle français sur le modèle suédois qui ne procède pas de la même manière. Il faut ainsi faire confiance à la pédagogie du système suédois qui peut paraître moins exigeante en apparence sur le contenu des connaissances mais qui travaille en réalité sur d’autres compétences importantes pour le fonctionnement de la société suédoise comme les règles sociales du groupe.

Deuxièmement, vouloir enseigner l’écriture et la lecture de deux langues différentes en même temps, c’est surtout amener de la confusion chez l’enfant qui finit par tout mélanger et ne maîtriser correctement aucune des deux langues. Avec le recul, il me semble plus pertinent de bien assimiler les bases du suédois avant d’introduire le français qui est de toutes manières initié par les enseignants de « modersmål ». Chaque enfant en Suède a le droit d’avoir un suivi hebdomadaire dans sa langue maternelle (au départ, c’est une demi-heure puis cela monte jusqu’à 1h par semaine). Il suffit d’en faire la demande auprès de la commune. Si cela n’est pas suffisant pour que l’enfant maîtrise bien sa langue maternelle, ce soutien est néanmoins précieux d’autant plus qu’il offre un moment privilégié entre un enseignant et l’enfant, ce qui donne d’autant plus envie à l’enfant d’apprendre sa langue maternelle. Les parents doivent ensuite prendre le relais.

Observation 2 : expliquer le fonctionnement des syllabes et des sonorités

Pour prendre ce relais, je me suis procurée des petits livres en français très simples à lire pour commencer. J’avais acheté les méthodes classiques syllabiques comme la méthode « Boscher » qui est l’une des plus recommandées par les pédagogues français. Mais, là aussi, j’ai fini par abandonner le manuel car cela était trop compliqué à expliquer étant donné que les phonèmes et la manière d’écrire divergent complètement d’une langue à une autre.

Trois difficultés liées à l’apprentissage du français sont apparus : les liaisons, les lettres muettes et les sons. La tendance naturelle de l’enfant à lire le français est de le lire comme on lit le suédois. Ainsi, le son « o » devient « ou » à la lecture. J’ai donc créé un tableau d’équivalences des sons et des lettres en reprenant le principe de la méthode Boscher afin de mieux comprendre le passe d’une langue à une autre.

Français Suédois
auå
eauå
eauxå
auxå
aiä
êä
èä
ée
euö
eö
oe ö
ouo
oioa
ouaoa
quk
qk
caka
co
cuku
çs
chtj / sj 
chê / chikä / ky

Équivalence des sons du français au suédois

Concernant les différences d’écriture : en Suède, on apprend à écrire en scripte au crayon à papier alors qu’en France on apprend à écrire en cursif au style plume. Imposer l’écriture cursive à son enfant alors qu’il est en train d’apprendre l’écriture scripte à l’école peut être contre productif car cela amène, une fois encore, de la confusion. Il faut donc d’abord le laisser apprendre en scripte comme son quotidien l’impose et, dans un deuxième temps, proposer l’écriture cursive sous forme de jeux, par exemple.

Observation 3 : être curieux soi-même

Il est tout à fait vrai que pour intéresser son enfant, il faut avant tout être intéressé soi-même. J’ai d’ailleurs constaté que c’était la même chose lorsqu’on était enseignant : si on s’ennuie soi-même dans la manière dont on transmet des connaissances, les élèves s’ennuieront eux aussi à coup sûr. De même, si on ne lit pas à la maison, il sera plus compliqué d’exiger de son enfant qu’il s’intéresse aux livres. Il faut donc continuer se montrer curieux et à lire chez soi pour donner envie le goût de la lecture à son enfant. Les apprentissages par mimétisme et par imprégnation sont également très efficaces. Bref, j’ai finalement privilégié les livres dont la pédagogie est dite « positive » car la méthode est plus proche de la manière dont j’ai l’habitude de faire. En l’occurrence, les petits livre de lecture naturelle de Céline Alvarez sont très bien fait et pratiques pour donner confiance à son enfant dans les premiers déchiffrages du français. L’idéal est donc de trouver la méthode qui convienne le mieux à toute la famille.

Observation 4 : s’intéresser autant à la culture suédoise qu’à la culture française

Omettre ou privilégier une culture plutôt que l’autre est, à mon sens, une erreur à ne pas faire car notre enfant appartient beaucoup plus à ces deux cultures que nous le sommes nous mêmes en tant qu’adultes. Ces deux cultures les constituent à part entière et font leur richesse. Leur demander de choisir serait leur demander de nier finalement une partie d’eux-mêmes. Je pense qu’il est vraiment important de respecter l’une et l’autre culture pour ne pas les mettre dans une forme de conflit de loyauté. Ils choisiront plus tard ce qu’ils sont mais en attendant ils sont constitués de toutes ces facettes qui les rendent uniques. Aussi, s’ils écrivent à la maison avec un mélange de scripte et de cursif ou s’ils n’aiment pas Pippi Långstrumpf et apprécient Tom Tom et Nana (ou inversement), cela n’est pas si grave. Ils ont finalement leur propre goût et préférences comme nous les avons nous aussi. Ils évoluent de toutes manières dans un environnement mixte et ils savent déjà faire la part des choses, peut-être parfois, mieux que nous !

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