Bilan de 3 ans de vie en Suède

Le 11 février 2017, je m’installais en Suède pour une durée indéterminée. Je partais vivre avec mon mari et ma fille dans une petite ville, Karlstad, située au centre de la Suède, dans la région du Värmland. Depuis un peu plus de trois ans se sont écoulés et il est temps de faire un bilan de cette nouvelle vie. Ce partage est bien sûr personnel mais il est toujours utile de connaître le point de vue d’ailleurs lorsqu’on envisage de s’installer dans un nouveau pays ou lorsqu’on vit soit même une situation similaire.

Les points positifs d’une vie en Suède

Ma vie a radicalement changé ces dernières années et j’ai moi aussi changé, par voie de conséquence. Je vis une forme de confinement depuis trois ans, loin de ma famille et de mes amis avec quelques échappées françaises durant l’été et pour Noël. Le fait de se retrouver seule face à moi-même, loin de la tumulte parisienne, m’a fait énormément de bien malgré les moments de doutes et de lassitude dus à la difficulté à s’intégrer dans la société suédoise. Je pense pouvoir dire que j’ai gagné en confiance en moi et que je sais davantage ce qui me convient ou ne me convient pas. J’ai également appris à ne compter que sur moi dans les premiers temps et de développer des compétences insoupçonnées. C’est le premier point positif de cette immigration.

Le deuxième point positif est que l’on prend davantage le temps de vivre en Suède. L’école finit tôt et on travaille rarement au-delà de 16h. Je peux donc profiter de ma fille et la voir grandir. Le rapport au temps plus lent fortifie les liens familiaux. De même, la vie familiale est privilégiée en Suède et l’enfant passe avant tout le reste. Votre enfant est malade ? Pas de soucis, vous pouvez rester chez vous jusqu’à cinq jours sans justificatif. Personne ne vous dira rien car il est tout à fait normal de penser avant tout à son enfant.

Le troisième point positif concerne le rapport à la nature. La nature est sublime et omniprésente, très facile d’accès. Cela fait un bien fou de pouvoir aller au lac tous les jours se promener et de vivre à côté de forêts. Cette proximité avec la nature apaise et ressource énormément ! Cela joue probablement un rôle dans la tranquillité de vie que l’on peut expérimenter en Suède. Tout est plus lent et plus calme peut-être aussi parce qu’on vit davantage au rythme de la nature et des saisons.

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Enfin, j’apprécie énormément la facilité avec laquelle les problèmes administratifs sont résolus en Suède. Le plus difficile est d’obtenir un personnummer mais une fois celui-ci en poche, tout est beaucoup plus simple. Tout est centralisé via ce numéro personnel et cela permet de gagner énormément de temps pour les démarches administratives ultérieures. Enfin, les Suédois sont très arrangeants et, en cas de difficulté, feront tout pour nous aider à résoudre les problèmes. La gentillesse et le sourire des Suédois font le reste. Je ne supporte d’ailleurs plus les conflits ou les tensions inutiles. Vivre avec le sourire est un nouveau mode de vie dont je ne peux plus me passer !

Bref, les principaux avantages à cette expatriation/immigration sont avant tout personnels. Je pense néanmoins que ces transformations ne sont pas uniquement liées à la Suède et que beaucoup d’immigrés vivent les mêmes chamboulements. Le fait d’être immerger dans une autre culture que la mienne et de sortir de ma zone de confort y est pour beaucoup. En revanche, je nuancerai davantage certains aspects propres à la vie quotidienne en Suède…

Les points mitigés de cette nouvelle vie

La vie sociale, l’amitié

Si les Suédois sont charmants au prime abord, il est en revanche très compliqué de se lier d’une amitié latine avec eux. Leur conception de l’amitié est assez différente de celle que j’ai pu connaître jusqu’à présent. Il faut avoir conscience de ces différences pour éviter les désillusions. Mes vraies amies en Suède ne sont pas Suédoises mais immigrées, tout comme moi. Je les ai rencontrées à mes cours de suédois, très utiles par ailleurs pour se faire des amis en Suède. Les liens avec ces amies sont d’autant plus forts que nous vivons l’incompréhension de cette approche culturelle de l’amitié. Nous savons d’autant plus à quel point notre amitié est précieuse. En revanche, j’ai énormément de relations suédoises et il n’y pas un jour qui ne passe sans que je ne croise quelqu’un que je connaisse dans la rue. Parmi ces connaissances, je compte deux « amis » suédois que je vois régulièrement pour des activités extérieures et des fika. Je ne sais pas si je peux vraiment compter sur eux mais la relation est pour l’instant durable.

L’école suédoise

Mes attentes étaient fortes vis-à-vis de l’éducation et de la manière dont la société suédoise considère l’enfant. Je dois dire que le constat est assez mitigé au bout de trois ans.

Les premières années de förskola (équivalent de la crèche et de l’école maternelle) ont été absolument incroyables : respect de l’enfant et de son rythme tout en maintenant un cadre rassurant et structurant, pédagogie adaptée à l’enfant, long temps de jeux à l’extérieur, un adulte pour cinq enfants maximum… Bref, mes attentes ont été largement dépassées avec la förskola. En revanche, je suis plus mitigée vis-à-vis de l’école suédoise qui fait preuve d’un très grand conformisme. J’apprécie vraiment qu’on ne punisse pas un enfant parce qu’il a mal fait un exercice ou qu’on ne le stresse pas inutilement pour des devoirs qui créent parfois une ambiance inutilement délétère dans les familles. En revanche, l’école suédoise classique ne conviendra pas aux enfants qui ont des facilités ou qui présentent des particularismes car on ne les développera pas davantage : ces enfants doivent avant tout se conformer à la norme sociale suédoise et suivre le rythme du groupe.

Les points négatifs

La langue

L’apprentissage du suédois est indispensable pour vivre en Suède. Il faut donc apprendre le suédois. Et c’est là que les soucis commencent. J’ai donc suivi deux ans de cours intensifs de suédois pour vivre aujourd’hui encore dans la frustration de ne toujours pas maîtriser correctement la langue. Pour la vie de tous les jours, cela suffit amplement même s’il est souvent désagréable de devoir répéter plusieurs fois un même mot pour se faire comprendre. Pour un rendez-vous médical, pour une conversation téléphonique sans faire répéter l’interlocuteur ou pour trouver un travail dans le Värmland, cela devient tout de suite plus compliqué et, tant qu’on ne parle pas parfaitement la langue, on rencontrera vite des difficultés. Le pire dans la langue suédoise n’est pas tant la langue en elle-même mais dans la prononciation des vocales courtes et des vocales longues qui font qu’un mot n’a pas le même sens si je dis fiiiiiiiiiika (pause gourmande suédoise) ou fiCKa (poche). Bref, tout un monde à découvrir.

La difficulté à s’insérer professionnellement

Après deux ans d’apprentissage intensif du suédois et un an de coaching tout aussi intensif pour trouver du travail, je n’ai encore rien trouvé de permanent. Les Suédois m’ont fait comprendre que je pourrais éventuellement trouver un poste de remplaçante en tant qu’assistante maternelle ou comme enseignante de français. Cela semblait couler de source étant donné le manque de personnel dans les écoles. Titulaire d’un doctorat en arts, j’ai donc voulu devenir enseignante en arts plastiques et obtenir une « legitimation » pour pouvoir enseigner dans les écoles suédoises mais l’université suédoise qui attribue ces légitimations me demande de justifier mon niveau… en art ! C’est l’une des nombreuses limites du système suédois : il faut rentrer dans les cases. Il me faut donc une formation suédoise pour rassurer le système. Et me voici donc vraisemblablement repartie pour des études malgré toutes mes équivalences validées par UHR (Swedish Council for Higher Education). La bonne nouvelle est que l’on peut choisir un cursus en anglais et qu’en tant qu’européenne, je peux obtenir une petite bourse (environ 400 euros par mois pour des études à temps complet) avec le dispositif CSN.

Autre solution en vue : monter sa propre entreprise. Mais encore faut-il bien parler le suédois pour comprendre les nuances administratives et avoir les reins solides pour supporter les charges très élevées en Suède ! J’entendais récemment à la radio qu’il fallait en moyenne 7 ans pour un migrant (toutes nationalités confondues) pour trouver un emploi en Suède. Il faut donc prendre son mal en patience et avoir un peu d’économies devant soi pour tenir dans la durée.

Le système de santé

Je pourrais écrire un roman sur le système de santé suédois… Au-delà du fait qu’il est assez difficile d’avoir accès aux soins en Suède (on ne peut pas prendre directement rendez-vous avec un médecin), j’ai vécu des situations rocambolesques avec la médecine suédoise. Je ne rentrerai pas dans les détails pour des raisons de vie privée mais il est important de savoir qu’il vaut mieux avoir une bonne santé de base lorsqu’on vient s’installer en Suède et, surtout, éviter de tomber malade.

La nuit quasi permanente en hiver

Si vous aimez hiberner l’hiver, la Suède est faite pour vous ! Les longues journées de ténèbre durent de novembre à mars. La neige des premières années a permis de passer le cap sans trop de difficultés car elle apporte un peu de lumière et de gaieté. En revanche, les années sans neige sont de plus en plus fréquentes du fait du réchauffement climatique et on sent vraiment la différence en termes de fatigue et d’humeur.

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Un après-midi de janvier 2020 dans le Värmland en Suède : il est 14h et le soleil commence à se coucher

La Suède vous fait rêver et vous envisagez de vous y installer ? Un conseil : gardez bien en tête vos motivations et les raisons pour lesquelles vous voulez vivre en Suède, car l’intégration prend du temps et le chemin est souvent parcouru d’embûches… Vous n’avez pas peur d’abandonner tous vos préjugés, vous aimez la tranquillité, vous avez un peu d’argent de côté, vous êtes jeune, en bonne santé, l’aventure et la découverte vous motivent ? Alors, partez les yeux fermés 😉

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