Les comportements à adopter pour s’intégrer à la culture suédoise

Chaque culture possède ses propres codes et façonne des comportements sociétaux propres à celle-ci. Dans le cadre d’une immigration et d’une volonté d’intégration, il est important d’adopter certains comportements spécifiques à la culture du pays afin de s’adapter et de trouver sa place dans cette nouvelle société. Pour autant, cela ne signifie pas renoncer à sa culture d’origine mais bien d’acquérir de nouvelles compétences interculturelles. Ces comportements sont partagés par le plus grand nombre d’une culture de référence. Ils ne sont pas innés pour les nouveaux arrivants et provoquent parfois des chocs culturels.

La Suède est un pays européen et pourtant sa culture est très éloignée de ce que nous connaissons de par le monde. Quelles que soient les nationalités des migrants que j’ai rencontrés en Suède (Syriens, Bosniaques, Camerounais, Bulgares, Lituaniens, Polonais, Suisses, Taïwanais, Chinois, Philippins, Marocains, Espagnols, Italiens, Brésiliens, Irakiens, Grecs, Polonais, Roumains…) tous s’accordent à penser que la culture suédoise nécessite un décodage. Beaucoup ne comprennent pas le mode de fonctionnement des Suédois et souvent les interrogations sont les mêmes : « Pourquoi est-il si difficile de devenir amis avec des Suédois ? » « Pourquoi mon voisin ne m’adresse-t-il jamais la parole ? » « Pourquoi il y a-t-il si peu de spontanéité ? » « Pourquoi tout prend-il autant de temps ? » La particularité de la Suède est qu’il s’agit d’une culture tout à la fois tournée vers la communauté et vers l’individu. Les Suédois tiennent à leur liberté et à leur individualité (pour ne pas dire individualisme) qui ne peut s’exprimer que parce que la communauté est structurée autour de valeurs fortes et de règles sociales respectées par le plus grand nombre. Ces règles sociales reposent sur des comportements acquis mais inconscients, car ils relèvent du fonctionnement propre à la culture. On ne peut donc les acquérir que par mimétisme et par imprégnation dans cette propre culture. Cela requiert un certain temps d’observation et d’adaptation d’autant plus long que la culture française est parfois aux antipodes de la culture suédoise.

A la lumière de ce que j’ai moi-même pu vivre au regard de ma propre culture d’origine et, d’autre part, des interactions observées sur le terrain, je vous livre une séries de situations récurrentes qui ne sont malheureusement pas exhaustives (c’est tout un système qui est unique en soi et j’ai du faire un choix cornélien). Voici donc quelques comportements que je recommande fortement de suivre si on souhaite s’épargner certaines déconvenues et de grands moments de solitude qui peuvent parfois être ressentis comme des humiliations et entamer ainsi l’estime de soi laquelle est trop souvent mis à rude épreuve dans un nouvel environnement. Quels sont donc les comportements à éviter ou à adopter si on veut vraiment s’intégrer dans la société suédoise et à se faire des amis suédois ?

1. Faire preuve d’humilité

Faire preuve d’humilité est la base des relations interpersonnelles en Suède. La fameuse loi de Jante dont j’ai déjà parlée se manifeste à travers cette posture à adopter. Il est en effet impensable de se placer au-dessus des autres, de se montrer plus important ou supérieur, car l’adage suédois selon lequel « tout le monde est pareil » vous rattrapera bien vite et, à force de vouloir jouer au meilleur, on finit par se retrouver tout seul, tout simplement exclu de la communauté qui n’a que faire de ceux qui savent mieux faire que tout le monde. Nous sommes très loin du modèle « il faut être le meilleur pour réussir ». C’est en fait tout le contraire. La compétition est très mal perçue et ressentie comme une source de stress que les Suédois fuient comme la peste. De la même manière, beaucoup de comportements sont, à mon sens, conditionnés par la peur du conflit. Les Suédois font souvent tout pour éviter le moindre conflit (qui va du moindre désaccord à la dispute) qui entrave la paix sociale, élément fondateur de la société suédoise contemporaine (le pays n’a pas connu de guerre depuis 200 ans). A mon sens, l’exemple le plus parlant est la file d’attente. La plupart du temps, un numéro nous est attribué et, quand cela n’est pas le cas, tout le monde fait bien tranquillement la queue et il serait impensable de chercher à doubler la personne de devant. Et même si la file n’est pas bien formée, chacun sait quel est son tour et fait preuve de courtoisie envers la personne qui était devant soi. Et, je dois avouer que faire la queue en Suède est de tout repos ! Je suis maintenant outrée quand je reviens en France et que l’on me double dans tous les sens.

De même, la critique à tout bout de champ, le sarcasme ou l’ironie à la française ne sont pas du tout appréciés, voire incompris. Un conseil : évitez ce trio perdant. Au mieux, cela ne sera pas du tout compris et on passe pour un idiot, au pire on passe tout simplement pour quelqu’un de méchant.

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2. Ne pas couper la parole, pratiquer l’écoute active, rester calme et louvoyer

Si vous n’arrêtez pas de parler, un Suédois ne vous interrompra jamais. Cela peut donner lieu à des situations étranges où vous entretenez un monologue et où votre interlocuteur vous écoute avec beaucoup d’attention, le regard plongé dans le vôtre et les bras sagement posés sur la table. Les Suédois pratiquent en effet beaucoup ce qu’on appelle « l’écoute active ». Et il est vrai que je ne me suis jamais sentie autant écoutée qu’en Suède. Mais attention à ne pas en abuser car, votre interlocuteur attend aussi son tour pour pouvoir donner son avis et pour être écouté de la même manière. Et quand je dis donner son avis, cela n’est en aucun cas l’imposer. On évitera donc de lancer un simple « non » et on étayera ses arguments comme une dissertation. Il existe même des cours pour cela : au SFI (cours d’apprentissage du suédois pour les immigrés), on enseigne l’art de l’argumentation et les expressions types à employer lors d’une discussion avec un.e Suédois.e : « Je comprends ton point de vue mais je ne le partage pas (ou je le partage partiellement) » « Ce que tu dis est vrai mais je pense qu’il y a une autre manière de voir les choses… » « Mon avis est le suivant… Et toi ? Que penses-tu de ton côté ? » L’avantage de cette communication est qu’on se sent moins vite emporté par les émotions et que les échanges sont calmes. Je ne sais d’ailleurs par si c’est grâce à ce type de communication que les Suédois sont passés maître dans la gestion de leurs émotions ou si c’est parce qu’il est important de ne pas imposer ses émotions aux autres (toujours pour éviter le stress) que ce type de communication est devenue la norme. Quoi qu’il en soit, pour vivre heureux en Suède, on évite toute communication trop directe et on devient maître dans le louvoiement et l’usage du conditionnel.

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Une discussion réussie se fait donc à tour de rôle et non pas comme un jeu de quilles où l’on essaie de voler la parole à l’autre pour essayer d’imposer sa vision des choses. Et on n’interrompt jamais un Suédois en train de parler ou on le sentira très vite mal à l’aise (c’est en effet le summum de l’impolitesse). Chacun a donc le droit de penser ce qu’il veut tant qu’il ne cherche pas à convaincre l’autre à l’exception de la politique et de la religion qui sont les deux sujets tabous en Suède et qu’il faut éviter. En revanche, vous pourrez parler de votre salaire et dire que vous êtes éboueur si tel est le cas sans aucunement en avoir honte, car tout le monde s’en moque. Chacun sa vie, chacun ses choix. La Suède revendique une société où l’individualisme est important, ne l’oublions pas.

Autre code de conduite à connaître : il faut regarder dans les yeux quand on s’adresse à quelqu’un. Le « ögon kontakt » (contact oculaire) est la base de la communication à la suédoise. A l’inverse, on évite de fixer les personnes dans la rue au risque que la personne se sente agressée.

3. Ne pas faire la bise pour se saluer

En Suède, on ne fait jamais la bise pour saluer quelqu’un. Le baiser est réservé à la sphère intime et il est rare d’ailleurs de voir des amoureux s’embrasser dans la rue. Il existe néanmoins une hiérarchie de la salutation en fonction du degré d’intimité avec la personne. Le premier degré est le simple « Hej ! » (prononcer « Hey ») avec un sourire, le regard soutenu dans celui de votre interlocuteur et éventuellement un petit coucou de la main. Le deuxième degré est le serrage de mains (y compris entre femmes).

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Le troisième degré est le « kram » (équivalent du « hug ») avec quelques nuances à maîtriser. Si un Suédois vous fait un jour un kram, c’est qu’il a de l’affection pour vous. Il ne pourra plus faire marche en arrière et sera amené à vous refaire des kram lors de vos prochaines rencontres. Le kram sera plus ou moins serrée fonction de l’humeur et du degré d’affection (de la simple accolade à quasiment l’embrassade corporelle). Et là, c’est parfois le drame : le réflexe français revient et on se met à faire la bise… et à ma grande stupéfaction, une copine suédoise a trouvé cela totalement charmant et me réclame à chaque fois que je la lui fasse. Et c’est moi que cela met mal à l’aise aujourd’hui parce que je la trouve parfois un peu trop en demande 😀

4. S’habiller décontracté la semaine au travail mais s’habiller chic pour sortir

Adieu talons aiguilles, chemisier trop serré ou mascara qui coule pour aller au travail. Si le cœur vous en dit, vous pouvez vous rendre tous les jours au travail en chaussettes/tongs (oui, les deux vont ensemble dans les pays nordiques) et porter votre jean élimé préféré sans que personne ne vous fasse aucune remarque, car tout le monde s’en moque. J’ai ainsi eu la surprise d’avoir un personnel administratif qui est venu nous présenter le parcours d’apprentissage du suédois sans chaussures. Elle était tout simplement pieds nus dans la classe et avait l’air très à l’aise ainsi. Il faut dire qu’en Suède, on enlève les chaussures avant d’entrer chez soi ou chez quelqu’un. Il en est de même dans les écoles maternelle et primaire où tout le monde (enseignants, parents, enfants) se promène en chaussettes. Mon enseignante, également présente lors de cette intervention, arborait quant à elle une magnifique veste en sequins dorés style ABBA avec les fameuses tongs/chaussettes. La classe totale.

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(Ah non, on a dit qu’on ne devait pas se moquer !!)

A l’inverse, il est important de s’habiller quand on sort. Pour la petite histoire, lors d’un anniversaire d’une amie de ma fille, pensant que les Suédoises seraient venues habillées décontracté comme cela était déjà le cas en semaine, je n’ai pas fait d’efforts particuliers pour m’apprêter (les parents restent aux anniversaires des enfants). Qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que ces mères en chaussettes s’étaient toutes bien habillées, parfumées, maquillées et qu’elles avaient mis leurs plus beaux bijoux. Grand moment de solitude où je me suis sentie comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Bref, habillez vous quand vous sortez mais surtout soyez confortables au travail.

5. Être ponctuel

… voire même en avance. J’ai toujours été surprise de constater à quel point les Suédois.e.s sont à cheval sur les horaires. L’heure c’est l’heure. Et si on peut même commencer deux minutes avant l’heure dite, c’est mieux. De même, une réunion ne finira jamais au-delà de l’heure annoncée (le créneau horaire est annoncé à l’avance pour n’importe quel type d’événement d’ailleurs : anniversaires d’enfant, repas d’entreprise, réunion parents-élèves…) La ponctualité est une règle de politesse de base en Suède et il vaut mieux prévenir si on ne va pas pouvoir arriver à l’heure pile (mais l’idéal est encore d’arriver avec les 5 minutes d’avance réglementaires).

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Pour l’anecdote, lorsque je suivais des cours de suédois à l’Institut suédois à Paris, j’avais pour habitude d’arriver à l’heure pile, voire 2 minutes après l’heure dite du cours. A chaque fois que j’arrivais, l’appel avait déjà été fait et tout le monde était déjà en train d’étudier. Et cela n’a fait que se confirmer une fois que je me suis installée dans le pays. Cela est même devenu une « private joke » avec ma prof de suédois qui ne pouvait s’empêcher d’étouffer un fou rire lorsqu’elle me voyait enfin arriver avant l’heure annoncée à son cours… mais que c’était la fin de l’année !

6. Ne pas chercher à lier des relations amicales avec ses voisins

Ce dernier point pourrait s’apparenter à un cliché créé et véhiculé par les Suédois eux-mêmes. Chaque enseignante de suédois que j’ai rencontrée nous a bien dit qu’il était important de ne pas chercher à lier des relations amicales avec ses voisins. Les voisins sont en effet par essence curieux et cela nuirait à la vie privée que de devenir ami avec son voisin. Les relations avec les voisins doivent donc se résumer à un bonjour souriant quand on les croise (et encore, ce n’est pas systématique). Pour ma part, je n’ai jamais eu de soucis avec mes voisins mais il semblerait qu’il y a aussi une question de générations. La génération des baby-boomers est plus enclin à sociabiliser que la suivante. Quant aux voisins qui ont des enfants qui veulent jouer avec la nôtre (ou réciproquement), il est difficile de les ignorer pour la simple et bonne raison qu’il faut bien aller récupérer notre progéniture chez eux. En revanche, ces voisins-là m’ont toujours bien fait sentir que nos relations n’existaient que parce que les enfants s’appréciaient et qu’il ne voulait pas aller plus loin dans la relation avec les adultes. Cela se traduit par des petites choses mais qui deviennent évidentes au bout d’un moment comme, par exemple, la carte de vœux uniquement envoyé au nom des enfants. La phobie du voisin est donc une réalité suédoise à prendre très au sérieux ! Si vous croisez donc votre voisin suédois un jour, soyez sobre dans votre approche ou il prendra la fuite…

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Et pour en savoir plus sur les clichés sur d’autres pays du monde, je vous invite à consulter les autres blogs qui participent au Carnaval des articles durant tout le mois de mai 2019 :

Cours de Japonais

Apprendre le coréen

I speak spoke spoken (anglais)

Chinois Tips

Vivre à Tokyo

La tribu des pieds nus (malaisien)

Almodaris (arabe)

Le monde des langues

Une réflexion sur “Les comportements à adopter pour s’intégrer à la culture suédoise

  1. Bonjour,
    Selon ton article, je trouve que les suédois et les coréens sont très différents. 😉
    Par exemple les coréens sont chaleureux, ne sortent pas en tongs, font très attention au regard des autres et ne sont pas très ponctuels. lol C’est pourquoi j’apprécie d’autant plus ce Carnaval d’articles pour se faire connaître mieux des différences culturelles. 🙂

    Aimé par 1 personne

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