Les mots qui n’existent qu’en suédois

Lorsqu’on apprend une langue, on découvre aussi la culture. Et, pour ma part, c’est en apprenant le suédois que j’en ai le plus appris sur la culture suédoise. Ces mots qui n’existent qu’en suédois ou qui sont intraduisibles en français sont tout à fait révélateurs de la manière dont la société suédoise se structure et des valeurs sur lesquelles elle repose.

En suédois, on n’offre pas, on donne

Le mot offre en suédois est « erbjuda » au sens d’« offre promotionnelle ». Dans sa version déclinée du mot, « inbjuda » est une invitation (par exemple, à un anniversaire) et le verbe « att bjuda » signifie « inviter ». Offrir en français vaut donc à inviter en suédois.

Mais comment dit-on alors « offrir » en suédois ? Eh bien, on n’offre pas, on donne : « Att ge en gåva » (« Donner un cadeau »). Le verbe « att ge » signifie tout simplement « donner ». On donne des cadeaux au sens propre du don. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle j’ai remarqué qu’il était parfois si difficile pour des Suédois de recevoir un cadeau et que cela pouvait le mettre vraiment mal à l’aise si ce cadeau sortait du contrat social tacite (on donne un cadeau pour un anniversaire, pour Noël, quand on est invité à dîner mais rarement en dehors de ces événements très ritualisés). Un cadeau n’est jamais gratuit car, comme tout don, il implique un contre-don et oblige à maintenir une relation, ce qui peut parfois être compliquée pour des Suédois qui n’ont pas forcément la même conception de l’amitié que les Français.

En suédois, on ne demande pas, on reçoit (même si on n’a rien demandé)

En Suède, on donne donc sans offrir et on reçoit sans demander. Comment est-ce possible ? Ainsi, les Suédois ne disent jamais « s’il te plaît ». Cela peut paraître fort impoli pour un Français mais, dans les faits, il n’y a pas de mot équivalent à notre « s’il te plaît » en suédois. On peut éventuellement ajouter un « snälla » (littéralement « gentil ») mais c’est finalement assez rare. On privilégiera tout simplement l’usage du conditionnel si on veut vraiment se montrer poli. Ce comportement culturel se traduit également par l’usage d’un vocabulaire spécifique. Ainsi, par exemple, on demandera son café avec le sourire et on nous le servira avec un « varsågod », ce qui signifie littéralement « c’était si bon » (de vous servir). Ce « varsågod » incarne, à mon sens, toute la culture suédoise :  au quotidien, j’ai ainsi pu remarqué que les Suédois ressentent souvent une gêne à recevoir et qu’ils préfèrent donner pour ainsi rester maître de l’équilibre de la relation. Cela m’a été confirmé par plusieurs amis suédois qui m’ont en effet avouée ne pas aimer recevoir car ils se sentaient ensuite redevables et qu’ils préféraient par conséquent donner (« varsågod » donc et surtout pas « s’il te plaît »). Cela reste bien sûr inconscient mais il s’agit d’un fait culturel passionnant qui repose sur le principe du « potlatch » (don/contre don étudié par l’anthropologue Marcel Mauss) pour ceux qui souhaiteraient approfondir cette question.

Bref, donner et recevoir en Suède prend parfois des allures de véritable casse-tête !

En suédois, on peut tout à la fois être elle et lui

En suédois, il existe trois genres singulier : hon (elle), han (il) et hen. « Hen » est un genre indéterminé, ni femme ni homme ou les deux à la fois. L’individualisme est une valeur forte de la société suédoise et les libertés individuelles qu’une telle société revendique reposent par conséquent sur le respect de toutes les individualités. A vous de choisir ce que vous voulez être en Suède !

En suédois, les caprices n’existent pas (mais les câpres, oui !)

Le mot « caprice » n’est pas utilisé de la même manière en France qu’en Suède. Ce qui se rapproche le plus du mot caprice tel qu’il est entendu en français -envie subite et passagère- sont les mots : « kapris », « nyck », « infall » qui selon la définition de l’Académie suédoise signifient tous les trois plutôt la soudaineté au sens d’une idée soudaine qui n’est pas le résultat d’une réflexion antérieure. Dans la définition suédoise, si on conserve l’idée d’immédiateté, la notion d’envie est évacuée au profit de la pensée. Il n’y a donc pas l’idée qu’un caprice serait la résultante d’une envie irrationnelle mais plutôt d’une réflexion qui nous vient tout à coup. Un ami suédois m’a confirmé que le mot « caprice » tel qu’il était entendu en France, n’avait pas la même application et qu’il pouvait être employé dans le cadre médical pour désigner des réactions parfois soudaines des enfants autistes.  Enfin, le mot « kapris » est plutôt utilisé en Suède pour son synonyme qui désigne tout simplement des câpres ou encore le coup de foudre amoureux.

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Caprice à la suédoise

Dans le même champ lexical, le mot « sage » tel que les parents français l’utiliseraient pour leurs enfants n’est pas utilisé de la même manière en Suède. Le mot qui se rapproche le plus de la définition littérale du mot « sage », notamment dans les traducteurs franco-suédois, est le mot « klok » qui signifie, selon l’Académie suédoise, « intelligent » au sens « de celui qui a une bonne compréhension de jugement ». Mais je n’ai jamais entendu un parent suédois utiliser ce mot en parlant de leurs enfant qui utilisera plutôt le mot « snäll » qui signifie « gentil ». La gentillesse est en effet une valeur importante dans la société suédoise. Sans gentillesse, la paix sociale reposant sur le respect des autres et des règles ne pourrait pas être maintenu et donc les libertés individuelles seraient en danger. C’est la raison pour laquelle la société est, entre autres, structurée sur un principe égalitaire : tout le monde est pareil, tout le monde est traité de la même manière que l’on soit enfants, femmes ou adultes. Ainsi, tout comme il ne viendrait pas à l’esprit de demander à un adulte d’arrêter son caprice ou d’être sage, cela est également inconcevable d’exiger cela d’un enfant, car ni les mots ni les concepts qui en résultent n’existent dans la langue et la culture suédoises. En revanche, il est tout fait commun et admis de parler de gentillesse, chez les enfants comme chez les adultes.

En suédois, quand on se met en couple avec quelqu’un qui a des enfants, on a des enfants « bonus »

On reste dans le registre des enfants avec le mot « bonusbarn », littéralement « enfant bonus », qui est l’équivalent non genré de « beau-fils/belle-fille » pour une famille recomposée avec des enfants issus d’un précédent couple. Un enfant bonus, c’est donc un peu plus d’amour gratuit à accueillir chez soi ! Bref, un véritable cadeau pour celui à qui on le donne 😉

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Et pour en savoir plus sur les clichés sur d’autres pays du monde, je vous invite à consulter les autres blogs qui participent au Carnaval des articles durant tout le mois de mai 2019 :

Cours de Japonais

Apprendre le coréen

I speak spoke spoken (anglais)

Chinois Tips

Vivre à Tokyo

La tribu des pieds nus (malaisien)

Almodaris (arabe)

Le monde des langues

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