Vivre la Suède au quotidien

J’ai récemment découvert cette vidéo qui présente le quotidien des nouveaux arrivants dans plusieurs pays européens. Un couple latino-américain interrogé se confie en exposant les différentes phases auxquelles on est tous confrontés lors d’un départ : au début, on est tout excité, c’est la découverte, on est comme un touriste dans un pays où tout est à découvrir. Puis, vient la phase où l’on réalise que l’on n’est pas touriste mais que l’on habite vraiment dans ce nouveau pays. La phase d’émerveillement liée à la découverte d’un nouvel environnement fait toujours place à celle du désenchantement. Désenchantement révélée par une sorte de prise de conscience, de retour à la réalité : il n’y a pas de situation idéale mais des environnements qui nous conviennent plus ou moins bien. La réalité du nouveau pays se révèle alors -parfois brutalement- dans tous ses aspects positifs et négatifs qui étaient jusque là occultés par la magie de la découverte et par le potentiel de liberté qu’offre un nouveau départ. Le manque et la nostalgie peuvent alors apparaître pour laisser place ensuite à une prise de distance nécessaire et salutaire vis-à-vis de l’enchantement initial. Cette phase permettra de prendre réellement ses marques dans son nouvel environnement, de s’y ajuster au regard de sa propre culture et de s’y adapter raisonnablement.

La réalité d’une nouvelle vie est donc un peu plus nuancée que ce que l’on pourrait croire. Qu’en est-il pour un français en Suède ?

Tout d’abord, je précise que j’habite dans le Värmland, une région située dans le centre de la Suède à 200 kilomètres seulement de la Norvège. La culture suédoise y est très forte et je ne bénéficie en aucun cas d’un environnement international comme cela peut l’être à Stockholm ou, dans une moindre mesure, à Göteborg. L’immersion dans la culture locale est forte et je ne fréquente au quotidien que des suédois ou des migrants comme moi venant d’autres pays du monde. Je me définis comme une immigrée et non pas comme une expatriée. Le contact avec d’autres cultures du monde est si passionnant et si enrichissant qu’il compense largement un éventuel manque de la culture française. Pour autant, certains comportements culturels sont parfois difficiles à comprendre et cela nécessite de s’adapter à l’autre continuellement. Pour ce qui est des différences visibles pour la française que je suis, voici quelques exemples (et quelques conseils).

L’alimentation. Le quotidien peut parfois être difficile si on ne sait pas cuisiner soi-même. En effet, la cuisine suédoise n’est pas très diversifiée et est beaucoup sous influence américaine. Les Suédois mangent régulièrement des hamburgers ou encore des hot-dog. Les enfants, quant à eux, adorent les « köttbullar » (les fameuses boulettes de viande suédoises) servies avec des pommes de terre vapeur, des petits pois et de la confiture d’airelles ou encore des pâtes. Il n’est pas rare aussi que les parents servent en guise de repas des « pannkakor » avec du « grädde » (sorte de chantilly maison) et du « sylt » (confiture de fraises), c’est-à-dire des crêpes à mi chemin entre la crêpe française et le pancake américain. Quant aux supermarchés, l’offre est assez restreinte, notamment pour ce qui est des fruits et des légumes et les produits transformés sont souvent plein de conservateurs. Un conseil pour bien manger en Suède : il vaut mieux tout cuisiner soi-même !

L’organisation de la vie quotidienne. Les Suédois ont l’habitude de commencer tôt leur journée, voire très tôt. A 7h30 le matin, il n’est pas rare de voir des embouteillages sur les routes car les suédois partent travailler. Et toute la journée se poursuit de la même manière : on déjeune vers 11h30 et on dine vers 18h. L’organisation des journées se calent à la fois sur le soleil (qui se lève tôt / se couche tôt en hiver) et vraisemblablement aussi sur le rythme des enfants. En revanche, les supermarchés sont ouverts tous les jours de 7h30 à 23h30, ce qui représente une vraie liberté pour s’organiser au quotidien. Les boutiques du centre ville sont également ouvertes tous les jours y compris le dimanche, ce qui est très pratique et amène un peu de vie dans la petite ville suédoise dans laquelle j’habite et qui fait que j’oublie facilement que je vis dans une ville de province. Enfin, il faut être un minimum organisé pour la gestion des lessives car les machines à laver sont collectives dans les immeubles. Il faut programmer ses lessives et les indiquer sur le planning commun. L’avantage est qu’on bénéficie d’une vraie buanderie et que l’on gagne de l’espace chez soi. L’inconvénient est qu’il faut prévoir ses lessives.

La ponctualité. En Suède, il faut être ponctuel, voire même en avance. Il est très mal vu d’arriver en retard, cela est très irrespectueux. En général, les suédois arrivent même un peu en avance quitte à attendre quelques minutes devant la porte avant de sonner. Et tout le monde est déjà dans la salle de cours avant l’heure du cours, ce qui conduit d’ailleurs souvent à démarrer le cours avant l’heure dite. Et si jamais on sait que l’on va arriver en retard, il convient d’envoyer un petit texto d’excuse et de se faufiler sans faire de bruit au fond de la salle de cours ou de réunion.

La vie sociale. Je dois avouer qu’il est plutôt difficile de se faire des amis suédois. La notion d’engagement semble très importante chez les suédois que j’ai rencontrés : on ne s’engage jamais à la légère, on ne prend jamais des responsabilités sans y avoir longuement réfléchi. Je pense qu’il en est de même pour l’amitié : être ami avec un suédois prend du temps et il faut gagner sa confiance, car une fois celle-ci obtenue, c’est pour la vie. De même, si on déçoit un suédois, ce sera fini pour la vie aussi. C’est ce que m’a un jour confiée une de mes enseignantes suédoises : « Si vous rompez avec un suédois, ce sera définitif ». Donc, on ne s’engage pas à la légère. De là en découle plusieurs comportements un peu incongrus pour la française que je suis : on sent qu’il est difficile pour un suédois de recevoir un cadeau, car cela le met mal à l’aise et il ne sait pas comment y répondre. Mais il y a toujours beaucoup d’émotions à chaque fois, ce que je trouve particulièrement touchant même si je ne sais toujours pas si cela est sincère. Lorsqu’on sort au restaurant ensemble, il faut toujours partager la note. Même un jus de fruit acheté pour un enfant sera immédiatement remboursé par son parent. Bref, les bons comptes font les bons amis. Enfin, la notion d’engagement implique aussi celle du désengagement. Et il n’est pas rare de voir un suédois s’engager pour finalement se désengager très rapidement ensuite car il se rend compte que cela implique des responsabilités (ou une amitié) qu’il ne se sent pas toujours capable d’assumer. Cela se traduit par un silence radio lorsqu’on ne connaît pas bien la personne ou par un grand sourire « je ne vois vraiment pas de quoi tu parles… une prochaine fois, peut-être ? ».

La communication. Les relations se construisent parfois un peu sur des montagnes russes et je dois avouer que cela peut être fatigant pour des français qui sont habitués à être plus directs dans la communication. Les suédois ont en horreur le conflit donc ils ne diront jamais « non » frontalement. Le fameux « kanske » (« peut-être ») est à décrypter avec parcimonie. Si on vous répond « kanske » à une invitation sans plus de détails, cela signifie un « non » poli à la suédoise. Et si vraiment un suédois est en colère, cela se traduira peut-être par un comportement passif-agressif sous forme de note laissée à l’intention de la personne indélicate. Par exemple, je me suis un jour garée (sans le savoir) sur une place réservée et j’ai eu le droit à une petite note sur mon pare-brise d’une personne qui me disait (en gros) que je lui avais « pourri sa journée et qu’elle me souhaitait pareillement une mauvaise journée » ! Pour autant, cette personne ne m’a pas insultée ou n’a pas abîmé ma voiture. Seul le comportement a été rappelé à l’ordre. En racontant cette anecdote autour de moi, j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à avoir vécu ce type de déconvenue et que ce genre de petite note pouvait être assez fréquente, car nul n’est censé ignorer la règle et encore moins ne pas la respecter.

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De même, il faut toujours être très positif dans la manière dont on aborde un problème car il est très mal perçu d’émettre des critiques : cela met au final tout le monde très mal à l’aise. Avec recul, c’est vrai que la critique n’est pas toujours très constructive si on ne propose pas de solutions et qu’il est plus agréable d’aborder positivement une situation problématique, ce qui permet d’ailleurs en général de la résoudre plus facilement. De même l’ironie ne sera pas forcément comprise par un suédois car cela participe du dénigrement ou de la moquerie. Un suédois risque de prendre au pied de la lettre ce qui est dit : cela risque de le blesser ou, au mieux, de créer de fortes incompréhensions et de jeter un froid sur la relation. Ajoutons que le débat n’a pas non plus forcément sa place car « chacun a le droit de penser ce qu’il veut » et que les suédois ont le conflit en horreur (ils le disent eux-mêmes). Un suédois vous écoutera attentivement dans vos désirs de joutes verbales concernant, par exemple, un sujet de politique. Il vous écoutera jusqu’au bout très attentivement avec beaucoup d’empathie (sourires, expressions faciales émotionnelles, concentration… une véritable écoute active digne d’un très bon psy) et ne parlera que lorsque vous aurez fini pour donner son propre avis à son tour. Car, en effet, on ne coupe pas la parole en Suède et chacun parle à tour de rôle. Si vous insistez un peu trop pour entrer dans un échange potentiellement musclé, il se peut que votre interlocuteur mette court à la discussion en concluant poliment que tout le monde pense différemment, que c’est votre choix et que c’est vous qui décidez de votre vie. Attention donc à la frustration pour ceux qui aiment les discussions enflammées car ce n’est pas en Suède que cela sera aura lieu le plus fréquemment.

La qualité de vie. Il faut avouer qu’une vie sans conflits est une vie agréable et dénuée de stress inutile. Ajoutons que les voitures ne klaxonnent pas et laissent passer les piétons ainsi que les vélos. Il est aussi possible de circuler en vélo n’importe où dans la ville grâce aux pistes cyclables omniprésentes. Les suédois sont toujours souriants et de bonne humeur, ce qui rend le quotidien agréable et léger. Enfin, la nature accessible partout et omniprésente y compris dans la ville est ressourçant et on y prend vite goût.

Le statut social. Il n’y en a pas vraiment en Suède. Du moins de statut social visible. Il n’y a pas non plus de jugement sur les habits que l’on porte. On s’habille comme on veut et personne ne fait aucune remarque. Il en est de même pour les métiers. Les suédois se moquent du genre de métier que l’on peut faire et ne portent pas de jugement. L’adage « il n’y a pas de sot métier » s’applique tout à fait à la Suède. C’est très reposant et cela permet d’être davantage soi-même et d’accorder moins d’importance au regard des autres.

Les loisirs. La littérature et la musique sont très importantes en Suède. Une fois que l’on maîtrise la langue, il est possible d’avoir accès à toute une littérature foisonnante et intéressantes. Les librairies suédoises sont une véritable caverne d’Ali baba. Quant à la musique, elle est omniprésente et les salles de concert ne sont pas en reste y compris dans ma petite ville. Enfin, les suédois sont férus de sport et les salles de sport sont relativement accessibles (en moyenne 28 euros l’abonnement mensuel). Il est également très facile de pratiquer le yoga ou la méditation au quotidien.

L’éducation. La vie en famille est très agréable en Suède. Outre le fait que la société suédoise considère les enfants comme des individus à part entière, j’apprécie le calme dans les parcs où les parents ne crient pas et où les enfants jouent ensemble tranquillement. Enfin, le fonctionnement des förskola (équivalent de crèche/école maternelle) est tout à fait formidable : 1 maîtresse pour 7 enfants, des horaires qui s’adaptent à ceux des parents, une pédagogie imprégnée de différentes méthodes alternatives, l’apprentissage des règles sociales, des temps de jeux omniprésents, des jeux extérieurs nombreux et quotidiens, la possibilité d’être accompagné en tant que parent si on le souhaite, etc. A mon sens, c’est vraiment le point le plus positif d’un quotidien en Suède lorsqu’on est parents.

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