La vie en entreprise suédoise

De nombreux anthropologues se sont penchés sur la question de l’interculturalité dans les environnements professionnels qui est primordiale, notamment dans les entreprises internationales. Les écoles de commerce dispensent d’ailleurs des cours d’interculturalité pour éviter tout impair lorsqu’il s’agira de négocier, entre autres, de gros contrats à l’étranger.

On pourrait imaginer que l’environnement de travail suédois est finalement assez proche de celui qu’on pourrait trouver en France, puisque nous sommes en Europe. Dans les faits, les différences sont assez importantes et les incompréhensions culturelles peuvent être fortes lorsqu’on débute dans une entreprise suédoise avec des Suédois. Après avoir demandé à plusieurs étrangers leur avis sur leurs expériences dans l’entreprise suédoise, il ressort un certain nombre de différences avec les entreprises de leur pays d’origine. Celles-ci convergent toutes malgré les origines diverses des individus interrogés. Voici donc qu’il faudra prendre en compte si vous êtes un jour embauché en Suède.

Une hiérarchie horizontale et la loi du consensus

Il existe peu de hiérarchie entre le salarié et l’employeur. La proximité avec le management se traduit par le fait que tout le monde se tutoie et s’appelle par son prénom. En revanche, on ne se fera pas la bise pour se saluer et un simple « Hej » avec un grand sourire suffira. On évitera ainsi tout contact physique mais il sera tout de même possible de se faire un « kram » (équivalent du « hug ») pour les plus proches. Et aller boire un verre à la sortie du travail avec son patron est tout à fait possible et cela ne pose de problème à personne.

Le sexisme n’a pas sa place dans l’entreprise suédoise et jamais un homme ne se permettra de faire une remarque à une femme liée à son statut de femme ou de la mettre de côté sous prétexte que c’est une femme. La galanterie n’a également pas sa place et il sera de mauvais goût de tenir la porte à une femme ou de l’inviter à s’asseoir en lui tendant une chaise. De même, le travail d’un homme ne sera jamais considéré comme plus important que celui d’une femme et cela se traduit notamment par le fait que les pères salariés s’absentent tout autant que les mères pour garder leurs enfants s’ils sont malades. Toujours selon une de mes observatrices, les femmes semblent avoir aussi plus de postes à responsabilités. Cette équité dans l’entreprise suédoise relève vraisemblablement d’un fait culturel qui repose à la fois sur la loi de Jante (loi invisible et tacite qui opère dans toute la Scandinavie selon laquelle personne n’est supérieur à une autre personne), mais aussi sur l’histoire sociale de la Suède qui défend très tôt l’égalité entre tous les individus.

Enfin, concernant les réunions, aucune décision ne sera prise sans qu’il y ait un consensus général de tous les membres de l’équipe. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à exprimer de grandes idées dans le cadre de ces réunions qui ont uniquement pour objectif de s’exprimer tout en évitant les conflits avec les décisions de managers. Ce n’est pas le moment d’innover et de revendiquer le changement des machines à café…

Les rites sociaux

Les pauses « fika » sont des moments de sociabilisation très importants qui ont lieu à des heures fixes et durent environ une demi heure : en général à 9h30 puis à 14h30 (notons que ce sont les mêmes horaires que les pauses goûter à la förskola). Les salariés ne prennent pas de pause en dehors de ces rituels où l’ensemble des employés d’un même service échange des banalités autour du temps et de la pluie tout en dégustant un café et/ou un fruit bio (fruits généralement mis gratuitement à disposition par l’entreprise). Il est important, lors de ces fika, d’éviter les questions personnelles si la personne concernée n’aborde pas spontanément le sujet, car cela pourrait être perçu comme intrusif. Mais il conviendra de s’intéresser sincèrement à sa/son collègue si celle-ci/celui-ci se confie.

f8f38677-fika-the-swedish-tradition-of-coffee-can-increase-productivity-at-work-640x480
Source : https://www.hotfridaytalks.com/work/fika-the-swedish-tradition-of-coffee-can-increase-productivity-at-work/

Dans la même logique, vous pourrez travailler la porte de votre bureau fermée, ce qui favorise la concentration et l’efficacité. Il n’est ainsi pas nécessaire de la laisser ouverte pour manifester votre présence puisque celle-ci est avant tout requise aux fika. Si vous souhaitez voir un collègue, il faudra d’abord frapper à sa porte. En cas d’absence, vous trouverez un petit mot sur sa porte indiquant comment le joindre.

Pour ce qui est du code vestimentaire, il est conseillé de s’habiller en « casual ». Le costume/cravate n’est pas de rigueur et sera même jugé comme une forme d’arrogance ou de supériorité, ce qui n’est pas admis dans les sociétés scandinaves (toujours cette fameuse loi de Jante !) Il faut être à l’aise pour travailler mais aussi mettre ses collègues à l’aise sans faire preuve d’ostentatoire. En revanche, il conviendra de s’apprêter lors de soirées professionnelles auquel cas vous aurez l’air d’un épouvantail parmi une ribambelle de queues de pies, de robes de soirée et de nœuds papillon. Lors de ces soirées, il sera important de ne pas se démarquer là encore et de faire comme tout le monde.

Et vous vous intégrerez au final parfaitement en employant habilement la feinte suédoise qui consiste à dire « kanske » (« peut-être ») plutôt qu’un « non » bien direct et bien clair si vous refusez, par exemple, d’aller à une réunion quel qu’en soit le motif. De même, vos collègues suédois ne vous diront jamais directement s’ils ont un grief professionnel contre vous. Il se peut que vous l’appreniez par votre chef qui vous convoquera alors de manière inattendue pour une réunion de médiation entre la personne concernée et vous-même. Les Suédois en général détestent le conflit et ne vous diront jamais en face ni directement si quelque chose ne leur conviennent pas dans votre attitude ou dans votre travail. Cela se traduit également par de l’évitement et par le fait qu’il puisse malencontreusement arriver que vous soyez le dernier mis au courant d’une situation qui vous concerne directement. Ce comportement relève de la culture et, pour un Français, cela sera vécu vraisemblablement comme de l’hypocrisie… attention aux éventuelles désillusions en ne le prenant pas pour soi personnellement !

Le bien-être et la confiance avant tout

L’entreprise suédoise se met au service de ses employés et revendique leur bien être. Au-delà des cafés et des fruits biologiques mis à disposition gratuitement des salariés, il est parfois possible de s’inscrire tout aussi gratuitement à la salle de sport s’il y en a une.

Concernant les congés, il est possible lorsqu’on est enseignant de poser des jours en dehors des vacances scolaires ou de vous absenter en cas de rendez-vous médical sans justificatif. Il suffit de prévenir votre chef et d’en discuter avec lui. On m’a rapportée qu’une enseignante voulait partir à Rome en dehors des vacances scolaires car cela lui coûterait moins cher. Cela n’a posé aucun souci à son responsable qui trouvait cela tout à fait logique. Mais cela signifie aussi qu’il existe une véritable confiance entre les personnes et qu’on n’en abuse pas.

Quant aux horaires, les salariés commencent entre 7h30 et 8h et finissent rarement au-delà de 17h. On s’adapte ainsi aux horaires de l’école des enfants. Et il est très mal vu de rester au travail au-delà de 17h car cela signifierait que l’on est mal organisé et que l’on n’a pas su boucler à temps.

Enfin, il est possible de s’absenter sans justificatif si son enfant est malade jusqu’à 5 jours consécutifs. Au-delà, il faudra apporter un certificat médical. On ne va pas travailler également si on est soi-même malade. Cela vaut pour un simple rhume, car cela risquerait de contaminer toute l’entreprise et les Suédois semblent redouter d’être malades. Un exemple : au mois de janvier, les salariés de l’administration publique -comme l’école- doivent signer des papiers qui les engagent à ne pas retourner en entreprise jusqu’à 48h après la fin des symptômes. 

Dernier conseil…

Si vous êtes embauché dans une entreprise internationale à Stockholm, vous pourrez vous permettre de parler en anglais et les Suédois feront l’effort de continuer à s’adresser à vous pareillement. Mais si vous envisagez de travailler dans une plus petite ville et/ou dans une entreprise moins ouverte sur l’international, il est conseillé d’apprendre le suédois, car au bout de 6 mois, on ne vous parlera plus qu’en suédois considérant que vous devez dorénavant vous intégrer. La vie en entreprise suédoise a plein d’avantages (simplicité des rapports hiérarchiques, rythme, bien-être au travail, confiance) mais aussi certains inconvénients qui relèvent de l’interculturalité (évitement en cas de « conflit », rapport à la communauté important, nécessité d’intégration par la maîtrise de la langue…) qu’il faudra prendre en compte si vous voulez vivre sereinement l’aventure suédoise !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s