Les Suédois : nordiques ou latins ?

La culture des Suédois s’avère parfois assez complexe à décrypter. Nous sommes en Europe et pourtant rien ne ressemble vraiment à un Suédois dans sa manière d’appréhender la vie au jour le jour. J’ai déjà évoqué la question du paradoxe que je continue encore à relever aujourd’hui dans le comportement des Suédois. L’un de ces paradoxes qui me touche quotidiennement est celui de la conduite.

La conduite en Suède incarne en effet, selon moi, toute la complexité à faire entrer dans une case les Suédois : ils sont parfois extravertis comme l’on imagine pour des latins, tout en étant rigides comme un nordique se doit de l’être. S’il est vrai qu’on klaxonne peu en Suède, qu’on laisse passer les piétons et qu’on ne boit pas au volant (2000 euros l’amende quand même si on boit ne serait-ce une goutte), un succédané de latinité demeure néanmoins dans la conduite. Les limitations de vitesse sont dans l’ensemble rarement respectées et, l’habitacle de la voiture relevant de la sphère privé, les Suédois n’hésitent pas à coller la voiture qui se trouvent devant eux si elle ne va pas assez vite (alors même qu’elle est au maximum autorisé), ou même à doubler par la droite. Le clignotant est souvent considéré comme une option et il n’est pas rare de se voir voler la priorité à droite… Quant aux vélos, autant le dire, c’est aussi dangereux qu’à Paris : quand ils ne roulent par sur les trottoirs, ils se sentent prioritaires autant sur les piétons que sur les voitures. Pour autant, la comparaison avec le comportement latin s’arrête là. Une certaine rigidité reprend le dessus lorsqu’il est question d’ordre dans l’espace public : la manière dont on gare les vélos est assez explicite. La photo ci-dessous a été prise un samedi soir devant l’Opéra du Wärmland à Karlstad.

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Je suis moi-même arrivée en vélo par la gauche. Et j’avoue ne pas avoir osé me garer en double file ou en sens inverse de la file des vélos. Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’a manquée mais je n’ai pas osé troubler l’ordre cette file si bien rangée. Dans ma tête je me suis même dit : « Ah non, ne fais pas ta Française ! » Je suis donc allée tout au bout de la file et j’ai gentiment garé mon vélo là où il était censé être. Sans antivol, bien sûr. A ce moment précis, j’ai réalisé à quel point le contrôle social pouvait être puissant et que le paradoxe que je notais souvent dans le comportement suédois relevait peut-être en réalité d’une dichotomie entre ce qu’étaient vraiment les Suédois au fond d’eux-mêmes (des Latins qui s’ignorent) et le contrôle que leur imposait la société par le respect très fort des règles. Vivre en paix tous ensemble impliquerait donc une certaine retenue, une perte temporaire des libertés individuelles au profit d’être ensemble. Et, en même temps, il ne faut pas le nier, c’est aussi très reposant de se sentir en sécurité dans l’espace public, même si cela implique en contrepartie une certaine rigidité dans le comportement parfois incompréhensible pour la Française que je suis.

En réalité, cette rigidité relève de la sphère publique : le respect des règles à tout prix et la mentalité grégaire n’opèrent qu’en façade. Dès lors que l’on revient à la sphère privée, les libertés individuelles reprennent le dessus avec un effet décuplé. L’exemple des Suédois en vacances est tout à fait explicite. En octobre dernier, j’ai pris l’avion pour me rendre Espagne avec des Suédois. A 5h du matin, ils étaient pour la plupart au verre de vin à l’aéroport (les libertés individuelles reprennent le dessus) et à 10h, ils faisaient tous la queue en même temps pour aller aux toilettes (règle collective tacite). Je me souviens avoir eu cette remarque pour moi-même : « Mais pourquoi vont-ils tous ensemble aux toilettes ? » Cette queue interminable dans l’avion, extrêmement bien organisée et respectueuse du tour de chacun m’avait vraiment beaucoup impressionnée, d’autant plus qu’elle s’était naturellement formée, de manière complètement inconsciente, relevant ainsi de ce qu’on appelle un « code implicite ». D’où cela pouvait-il venir ? Je me suis demandée si l’école suédoise n’était pas en partie responsable de cette dualité : celle-ci est en effet basée sur la répétition des activités aux mêmes horaires, par la responsabilisation des individus et de la communauté par le respect des règles collectives. Le collectif et le « faire ensemble » est très important : l’effet routinier est en effet extrêmement rassurant et bénéfiques pour les enfants. Et, au final, cela structure une société toute entière jusqu’à la rigidifier peut-être parfois un peu trop sur certains aspects !

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