Le casse-tête suédois

Langue et culture sont indissociables. Qu’en est-il pour le suédois ?

Une langue qui chante 

Le suédois n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une langue intuitive. La prononciation est particulièrement ardue pour la Française que je suis. Le fameux « hur mår du ? » (« comment vas-tu ? ») se prononce ainsi tout simplement « humoru » (en soufflant le « h » et en roulant les « r », bien sûr). Et si on prononce mal, cela signifie tout simplement autre chose. On peut ainsi se retrouve à souhaiter « un bon nouveau cheveux » au lieu d' »une bonne année » tout simplement parce qu’on n’a pas soufflé le « h » au début du mot (år = année / hår = cheveux). La quantité de mots similaires qui n’ont pas le même sens en fonction de la manière dont on le prononce est un vrai casse-tête. Deux autres exemples : « fika » signifie la pause café tandis que « ficka » est la poche du pantalon. « Tack » signifie « merci » tandis que « tak » désigne le plafond. De même le suédois a plusieurs mots pour designer la même chose. Par exemple, pour le simple mot « étudier », je compte déjà quatre mots : pluggar, studerar, läsar, utbildar. Bref, si vous voulez apprendre le suédois pour le plaisir, sachez que cela n’en sera pas forcément un.

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En revanche, la langue suédoise est passionnante pour tout ce qui relève de l’étude de la culture, ce dont les Suédois n’ont eux même pas toujours conscience. J’ai ainsi pu avoir des discussions passionnantes avec mes enseignants qui réalisaient en même temps que moi que le sens de certains mots étaient totalement dépendants de la manière dont ils envisageaient la vie et leur relation aux autres.

L’équité des genres et des personnes

La grammaire suédoise met tous les individus au même niveau. Tout d’abord, les verbes ne se conjuguent pas. En traduction littérale, cela donnerait quelque chose de ce genre : je mange, il mange, tu mange, nous mange, vous mange, ils mange. A cela s’ajoute, qu’il existe une troisième option au fameux il(han)/elle(hon). Le suédois a inventé un transgenre -« hen »- qu’on utilise quand on ne sait pas si on parle d’un homme ou d’une femme. Enfin, s’il existe un accord au pluriel pour les adjectifs, cela n’est pas le cas pour le féminin ou le masculin : on dit « hon/han/hen är snäll » (gentil) quelque soit le genre.

Don sans contre don

Les Suédois ne disent jamais « s’il te plaît ». Cela peut paraître fort impoli pour un Français mais, dans les faits, il n’y a pas de mot équivalent à notre « s’il te plaît » en suédois. On peut éventuellement ajouter un « snälla » (littéralement « gentil ») mais c’est finalement assez rare. On privilégiera tout simplement l’usage du conditionnel si on veut vraiment se montrer poli. Ce comportement culturel se traduit également par l’usage d’un vocabulaire spécifique. Ainsi, par exemple, on demandera son café avec le sourire et on nous le servira avec un « varsågod », ce qui signifie littéralement « c’était si bon » (de vous servir). Ce « varsågod » incarne, à mon sens, toute la culture suédoise :  au quotidien, j’ai ainsi pu remarqué que les Suédois ressentent souvent une gêne à recevoir et qu’ils préfèrent donner pour ainsi rester maître de l’équilibre de la relation. Cela m’a été confirmé par plusieurs amis suédois qui m’ont en effet avouée ne pas aimer recevoir car ils se sentaient ensuite redevables et qu’ils préféraient par conséquent donner (« varsågod » donc et surtout pas « s’il te plaît »). Cela reste bien sûr inconscient mais il s’agit d’un fait culturel passionnant qui va à l’inverse du principe du « potlatch » (don/contre don étudié par l’anthropologue Marcel Mauss) pour ceux qui souhaiteraient approfondir cette question.

L’art de l’évitement 

Il existe un mot en suédois qui permet de dire « non » sans blesser son interlocuteur. Il est connu que les Suédois détestent le conflit ; cela se traduit également dans l’usage du mot « kanske » (prononcer « kannche », équivalent de « peut-être »). Lorsqu’un Suédois vous répond « kanske » a une invitation que vous lui faites ou à un poste auquel vous avez postulé, c’est très mauvais signe. Cela signifie que non, ça ne va pas le faire, mais on ne veut pas vous froisser : c’est à vous de deviner que vous n’aurez en fait jamais le poste et que la personne ne viendra pas à votre fête samedi soir. Mais s’il vous répond « kanske, il faut que je checke mon agenda », tout espoir n’est pas perdu. Tout est donc dans la subtilité de l’usage de ce fameux « kanske » qui est assez dur à encaisser pour nous, les Français, à qui on nous a justement appris à être direct et à répondre du tac au tac par « oui, je peux » ou par « non, je ne peux pas ». De même, si un Suédois vous répond à votre proposition « vi för se » (prononcer « viforsé » soit « nous verrons »), c’est plutôt négatif. Enfin, lorsqu’on vous propose le 6e café de la journée et que vous n’en pouvez plus, il vaut mieux répondre « tack, det är bra » (prononcer « tak dé-êrbra » / « merci, ça va bien ») plutôt qu’un « nej, tack » (« non merci ») qui sera finalement considéré comme assez abrupt !

Bref, apprendre le suédois, c’est aussi comprendre comment fonctionne le Suédois ! Et pour en savoir plus sur les mots qui n’existent qu’en Suédois, c’est ici 🙂

Lycka till 🙂

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