Apprendre le suédois en Suède

1ère étape : le SFI

Il y a quelques mois, j’avais écrit un article sur les différentes manières d’apprendre le suédois en France avant de partir vivre en Suède : des cours en face à face à l’Institut culturel suédois à Paris en passant par les différentes méthodes online gratuites (Babbel, Duolingo…), il est bon d’acquérir quelques bases avant le grand saut pour pouvoir se débrouiller dans la vie courante mais aussi pour ne pas être complètement perdu lorsqu’il sera temps de commencer les cours de suédois sur place, dans le pays.

La Suède offre la possibilité à tous les immigrés de suivre gratuitement des cours de suédois via le SFI (« Swedish för invandrare », littéralement : « Suédois pour les Immigrés »). Il s’agit de cours dispensés par des enseignants suédois en suédois et financés par la commune.

Je vous livre ici mon expérience et il se peut qu’il y ait des variations concernant le contenu des cours en fonction des enseignants, du niveau ou encore de la commune où l’on s’inscrit.

Comment ça marche ?

Le SFI comprend 4 niveaux de A à C. Lorsque l’on va s’inscrire pour suivre ces cours, on nous demande combien d’années d’études nous avons fait depuis la maternelle et combien de langues nous parlons. Cela permet d’évaluer notre niveau. Pour faire simple, le niveau A conviendra à une personne qui ne sait pas lire ni écrire et qui n’a pas fait d’études. Le niveau B correspond aux personnes qui savent lire et écrire mais qui n’ont pas fait d’études supérieures. Et le niveau C convient aux personnes qui ont fait des études (niveau Bac) et qui parlent plusieurs langues. Pour ma part, j’ai commencé par un niveau C3 (7 mois de cours à raison de 15h par semaine) et je finirai le cursus proposé par le SFI au niveau D (5 mois de cours à raison de 15h par semaine). En un an, j’aurai donc normalement fini le SFI et je devrais pouvoir arriver à me débrouiller en suédois de manière autonome pour le quotidien. Lorsque l’on travaille, il est possible de s’inscrire au SFI à raison de 3h par semaine.

Comment s’inscrire ?

Pour pouvoir s’inscrire au SFI, il faut posséder un « personnummer » et se rendre au centre d’inscription du SFI de la commune. On y remplit une fiche d’informations et, ensuite, il n’y a plus qu’à attendre qu’on nous contacte par courrier pour nous donner une date. L’attente peut être longue car il y a beaucoup de demandes d’inscription avec l’afflux des réfugiés. La Suède a du mal à y répondre car elle est confrontée à une pénurie d’enseignants. Pour ma part, j’ai attendu 5 mois entre le moment où je me suis inscrite et mon premier cours.  Cela fut plus rapide pour mon conjoint qui travaille et qui n’a attendu que 15 jours avant de commencer ses cours (niveau C à raison de 3h par semaine sur une soirée).

Pour qui ?

Le SFI est ouvert à tous les étrangers qui souhaitent apprendre le Suédois. La seule condition est d’avoir déjà son personnummer.

Comment ça se passe ?

Mon groupe est composé d’une quinzaine de personnes pour deux enseignantes qui se partagent les jours de la semaine. L’une se consacre davantage à nous enseigner la grammaire tandis que l’autre nous fait travailler essentiellement l’oral et l’écrit.

J’ai cours tous les jours principalement de 8h30 à 12h avec une pause de 30 minutes à mi-parcours. Il n’y a pas de devoirs à proprement parlé à la maison. Il est tout de même recommandé de s’entraîner quotidiennement si l’on veut progresser.

Quant aux absences, il faut prévenir l’enseignante. Pour des absences d’une semaine à trois semaines, il faut signer un papier auprès de l’enseignante. Les absences qui vont au-delà de trois semaines sont sanctionnées par une désinscription au SFI.

 La pédagogie

J’aime beaucoup la pédagogie pratiquée ici. Les cours de grammaire (à raison de deux fois par semaine) sont tout de suite intégrés par une mise en pratique orale et écrite. Nous travaillons sur des textes d’actualité que nous devons expliquer individuellement par groupes de 3 à 4 étudiants. L’enseignante passe de groupe en groupe et corrige systématiquement les prises de paroles et les textes écrits.

Le suivi se fait par une plateforme online « Its’learning » sur laquelle on peut écrire aux enseignantes et télécharger les cours. Nous avons également accès à une plateforme en ligne « Unis » où nous avons accès à des exercices pour nous entraîner (oral et écrit).

Nous sommes souvent « testés » afin de vérifier l’acquis de nos savoirs. Ces tests permettent aux enseignantes d’adapter le contenu de leurs cours et de voir où nous en sommes. Les corrections sont toujours très agréables car mes enseignantes sont cesse dans le renforcement positif et jamais dans la critique. Mes copies sont remplies de cœurs, de smileys, d’étoiles et de « Wahoo ! ». Et c’est vrai que c’est motivant et que cela donne envie de persévérer. Les tests sont écrits ou se font via une plateforme en ligne « Kahoot » qui se charge sur le téléphone portable. Il s’agit d’un quizz collectif online très ludique.

wp-image-613405895Le quizz online sur « Kahoot »

Un autre aspect qui diffère de ce que l’on peut voir en France : les tableaux noirs ont été remplacés par des tableaux numériques. L’ordinateur est directement branché à un tableau numérique qui permet d’écrire directement dessus et d’enregistrer au fur et à mesure les modifications apportées par l’enseignante. Et c’est vrai que c’est très pratique !

wp-image-755885Le tableau numérique

Ce qu’il faut savoir

Chaque niveau se finit par un test national (« nationella proven ») qui donne le feu vert pour passer le niveau suivant. Il s’agit d’un test sur plusieurs jours qui permet d’évaluer le niveau oral, écrit, l’acquisition de la grammaire et des expressions idiomatiques. Il est possible de passer ce fameux test avant la date prévue et d’aller ainsi plus vite. Néanmoins, cela n’est pas forcément judicieux car l’objectif est bien avant tout d’apprendre la langue, et non pas de finir un niveau pour finir un niveau. Surtout que le SFI n’est finalement qu’une étape dans le long parcours qui m’attend. L’apprentissage du suédois ne s’arrête pas au SFI et nécessite une mise en pratique quotidienne avec les Suédois.

 Et après ?

Après le SFI, il est possible de continuer l’apprentissage du suédois avec « Svenska som andraspråk » (SAS) niveau Grund (del 1, 2, 3, 4 soit 8 mois au total – équivalent niveau B2), puis niveau Gymnasiet (3 niveaux qui durent 10 semaines à chacun pour une formule à distance ou 20 mois en présentiel soit entre 30 et 60 semaines – équivalent niveau C2). Il sera enfin possible de poursuivre à l’université l’apprentissage du suédois, ce qui vous permettra de reprendre plus facilement des études si cela est nécessaire comme pour devenir enseignant. Il faut en effet justifier d’un niveau SAS Gymnasiet en suédois et d’une année ou deux de formation à l’université pour obtenir la « legitimation » qui permettra de devenir enseignant en Suède (de la förskola à la fin de l’équivalent du lycée). Tous ces cours sont pris en charge par la commune.

Si l’on choisit l’apprentissage SFI/SAS, il faut compter en moyenne entre 2 à 3 ans pour finir le cursus et pour bien parler le suédois (équivalent d’un niveau C2). Et une chose est certaine : pour pouvoir travailler en entreprise, le niveau que l’on a en sortant du SFI n’est pas suffisant. Il faudra donc prolonger l’apprentissage soit en poursuivant les études soit sur le terrain. Mes enseignantes nous ont d’ailleurs conseillé de réaliser des stages (« praktik ») en entreprise pour pouvoir progresser. Ces stages ne sont pas rémunérés mais ils ont l’avantage de mieux connaître l’entreprise suédoise, de se faire des relations (le networking et la cooptation sont très importants en Suède) et de faire progresser son niveau de langue.

Là où j’habite, il n’est en effet pas possible de trouver du travail uniquement en comptant sur son anglais ou sur un suédois débutant. Tout le monde n’a de cesse de me confronter à cette réalité : ma conseillère à l’emploi, mes enseignantes du SFI, mes amis suédois, les employeurs, mes camarades du SFI qui se sont eux-mêmes mesurés au marché de l’emploi… Bref, il ne faut pas espérer trouver du travail ailleurs que dans les grandes villes suédoises si l’on ne parle pas correctement le suédois. Mais n’est-ce pas ce qu’il se passe aussi dans les autres petites villes du reste monde ?

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