Une journée en Suède quand on est un enfant de 3 ans

Deux mois ont passé depuis l’entrée de ma fille à la forskola durant lesquels j’ai passé trois semaines en immersion pour son intégration. Suite au billet que j’avais écrit sur mes premières impressions sur le fonctionnement de l’école en Suède, je livre ici le quotidien d’un enfant de 3 ans qui vit en Suède tel que j’ai pu le vivre par procuration.

Un enfant âgé entre 1 et 5 ans, dont l’un des deux parents ne travaille pas, a la possibilité d’aller 15 heures par semaine à l’école. Souvent, les forskola répartissent les enfants par tranches d’âges : les enfants âgés jusqu’à 2 et demi sont regroupés dans un bâtiment tandis que les autres se retrouvent à proximité, dans une autre « école appartement » (les classes sont en réalité des appartements constitués de plusieurs salles dans lesquelles les enfants peuvent circuler librement).

Ces 15 heures sont réparties sur trois jours entre 9h et 14h, déjeuner inclus. Le principe d’une journée type est fondé sur la routine. Cela rassure les enfants et favorise un apprentissage basé sur l’autonomie, suivant le principe de la répétition. Il est en effet plus facile de s’approprier des connaissances lorsque l’environnement est stable et que ce dernier se reproduit régulièrement suivant le même séquençage. Seul le contenu varie lorsque les enseignantes estiment qu’il a été bien assimilé par les enfants.

Voici le programme type d’une journée de 5 heures à la forskola :

9h : Arrivée et accueil des enfants qui retrouvent leurs camarades qui sont parfois déjà là depuis 7h30 lorsque leurs parents commencent tôt leur propre journée de travail. Ces derniers viennent de finir leur petit-déjeuner composé, entre autres, de muesli et de laitages. Les enfants dessinent, jouent à des jeux de construction ou se déguisent, le tout très librement. Les enseignantes sont souvent assises par terre avec les enfants et se lèvent pour inviter les enfants arrivants à se joindre au groupe. Les parents ont alors juste un rôle de relais.

9h20 : Rassemblement des enfants dans une des salles de l’école pour se dire bonjour. Les enfants sont invités à s’asseoir sur une petite estrade avec les enseignantes et à se dire bonjour à tour de rôle.

9h40 : Un enfant volontaire nomme des enfants qui se mettent en rang pour rejoindre une autre salle de l’école. Les 27 enfants sont ainsi répartis en deux groupes.

Les enseignantes proposent ensuite des fruits aux enfants pour la collation du matin. On découpe ensemble les fruits et on se sert à tour de rôle. L’objectif est d’apprendre à partager, à nommer les fruits et à se servir chacun son tour.

10h : Un des deux groupes d’enfants part jouer dehors. Au programme : jeux libres autour du toboggan, bac à sable, balançoires, théâtre, tricycles, ou encore luge lorsqu’il neige. Et cela peu importe qu’il fasse froid ou qu’il pleuve. Les enfants sont équipés en conséquence : bonnets, gants, « overall » (sorte de combinaisons de ski qui se porte par dessus les vêtements) et bottes « tout terrain ». Les enseignantes observent toujours à distance pour laisser l’autonomie nécessaire aux enfants pour qu’ils apprennent par eux-mêmes au contact de la nature.

Il n’y a pas de jeux considérés comme dangereux. J’ai ainsi été étonnée de constater que les enseignantes avaient mis exprès un banc en travers d’un des agréments pour permettre aux enfants d’escalader s’ils le souhaitaient. Intérieurement, je me suis fait la remarque que cela ne serait pas possible en France et que les associations de parents d’élèves seraient sûrement déjà montées au créneau en voyant cela… ! Mais il n’existe pas ce genre d’associations pour les tout-petits en Suède et les parents s’adressent directement à l’enseignante leader si cela ne leur convient pas. Les parents font le plus souvent confiance aux enseignantes, le banc est d’ailleurs toujours à sa place et tout le monde est content. Il est également possible d’escalader sur les rebords des fenêtres de la classe pour regarder par la fenêtre. Tout cela sous le regard bienveillant des enseignantes qui savent qu’il est important de laisser les enfants bouger et de les laisser faire leurs expériences par eux-mêmes. Le meilleur moyen d’appréhender le danger et de connaître ses limites est de tester par soi-même la situation.

20170427_095810.jpgLa cour de récréation avec le banc suspendu sur l’agrément.

Pendant ce temps, l’autre groupe resté à l’école est invité à participer à différentes activités en petits ateliers : danse libre sur de la musique moderne, activités manuelles (pâte à sel, dessin, peinture) ou encore lecture supervisées par une enseignante. Les quatre enseignantes gardent toujours une distance vis-à-vis des enfants (sauf pour les activités de lecture), car elles apprennent d’eux en les observant (un peu suivant la méthode anthropologique d’observation participante) et les accompagne dans leur apprentissage autonome suivant la logique de la méthode Reggio Emilia.

11h15/11h30 : Les enfants reviennent de leurs activités de plein air après avoir passé près d’1h30 dehors, malgré le froid ou la pluie. Ils se déshabillent et mettent eux-mêmes à sécher leurs affaires mouillées dans un espèce de coffre chauffant.

20170314_111128Sur le coffre chauffant, on peut lire des petites explications du quotidien pour faciliter l’apprentissage.

Les enseignantes aident alors les enfants à aller aux toilettes, à se déshabiller si nécessaire et préparent avec eux la salle pour la sieste pour ceux qui souhaitent se reposer après le déjeuner. Ceux qui sont prêts peuvent s’asseoir devant l’I-Pad pour regarder un dessin animé de leur héros favori : Alfons Åberg, un petit garçon tout droit sorti des années 1970, qui apprend à affronter ses peurs et vit des aventures extraordinaires d’un enfant de 4 ans. Le personnage est beaucoup étudié à la forskola. Par identification, il sert de support à l’apprentissage de la vie en communauté.

J’avoue que cet aspect de l’école suédoise ne me plaisait pas trop mais je me suis vite rendu compte que l’usage de l’i-pad était parfaitement maîtrisés (durée et contenu) par l’équipe pédagogique. Les dessins animés ne sont jamais « gratuits » : ils sont toujours le support à un questionnement avec les enfants et facilitent certains apprentissages. Les enfants ont ainsi beaucoup travaillé sur leurs peurs (notamment, celles liées à l’endormissement) en partant de l’expérience d’Alfons qui a peur des histoires de monstres qu’on peut lui lire avant le coucher.

barnkultur-omAlfons Åberg et son papa

11h30/11h45 : Déjeuner / on met le couvert et on s’installe pour le déjeuner. Chaque enfant à sa place attribuée (5 à 6 enfants par table). Seule l’enseignante change de table tous les jours. Les enfants se servent eux-mêmes, le but étant de ne se servir uniquement ce que l’on pense pouvoir manger, quitte à se resservir ensuite. Les adultes ne forcent jamais un enfant à finir son assiette ou à manger ce qu’il n’aime pas. En général, le repas se passe sans heurt et la confiance laissée aux enfants porte ses fruits : j’ai pu constater qu’il y avait peu de gâchis et pas de pleurs. Les plus grands (entre 5 et 6 ans) mangent en toute autonomie sans enseignante dans une salle à côté. A la fin du déjeuner, chacun débarrasse son assiette et ses couverts.

A la fin du repas, les enfants qui sont fatigués vont spontanément dormir dans la salle préparée à cet effet. Les autres sont invités à faire un moment de calme autour d’une activité de perles (perles à enfiler ou à repasser). Cela dure environ une demi heure. Puis, ceux qui ne sont pas sortis le matin peuvent à leur tour aller jouer dehors  tandis que les autres peuvent jouer librement à l’intérieur. Les jeux en extérieur se passent alors dans un espace plus étroit que celui du matin afin de favoriser l’apprentissage des interactions de proximité autour d’un seul bac à sable. De plus, une seule enseignante est alors mobilisée, ce qui permet aux autres de préparer les activités de l’après-midi.

13h45 : Regroupement des enfants dans une des salles de l’école. Tout le monde s’asseoit par terre en cercle (y compris les enseignantes) pour raconter ensemble des histoires (souvent en lien avec le dessin animé vu le matin).

14h : Les parents qui ne travaillent pas viennent chercher leur enfant. Les autres parents viendront plus tard, entre 15h -pour ceux qui ont commencé tôt leur journée- et 17h15 pour les plus tardifs (mais la moyenne est plutôt autour de 16h30 pour l’école de ma fille). Il faut savoir que le concept de nounou n’est pas vraiment répandu en Suède et ce sont donc bien les parents (ou parfois les grands-parents) qui viennent récupérer les enfants. Les journées des Suédois sont organisées en fonction des enfants et il n’est donc pas commun de finir ici sa journée de travail après 17h (tout du moins, pour l’un des deux parents).

L’après-midi est ensuite consacrée à diverses activités, le tout en famille : virée chez Ikea, balade en forêt ou au bord du lac, sortie au parc, piscine pour d’autres ou encore activité accrobranche en intérieur.

18h : C’est déjà l’heure du dîner en Suède.

Entre 19h30 et 21h : Morphée passe aussi par là pour les petits suédois 🙂

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