Premières impressions sur les Suédois

Avant de partir pour la Suède, j’avais entendu toutes sortes de choses sur les Suédois : qu’ils étaient froids, distants, pas chaleureux, aimant d’ailleurs vivre dans la nature loin des gens, très centrés sur leur famille… bref, ça ne faisait pas vraiment envie. Qu’en est-il aujourd’hui après deux mois en Suède ? Quelles sont mes premières impressions sur les Suédois ? Je parle bien ici de mes impressions personnelles et cela n’engage donc que moi… 

Les suédois sont abordables, gentils et sincères 

Tout d’abord, j’ai été très surprise car les Suédois que j’ai rencontrés sont très ouverts, même lorsqu’on les aborde en parlant anglais. Ce sont de gens qui aiment parler, échanger et ils sont en général très joyeux au prime abord. Ils sont également d’une sincérité déroutante. Là où la pudeur française voudrait qu’on ne dise ce que l’on pense que lorsqu’on est ami avec la personne, les Suédois disent tout haut ce que les Français pensent tout bas et n’osent avouer au premier quidam.

J’ai ainsi été étonnée à quel point les Suédois avec qui j’ai échangé disent ouvertement qu’il est parfois difficile de s’occuper de leurs enfants quand ils sont petits et qu’ils sont contents de les voir grandir et gagner en autonomie. Un couple de Suédois rencontré lors d’un dîner m’a ainsi dit tout naturellement qu’ils étaient heureux que leurs enfants fassent leur propre vie et qu’ils adoraient leur nouvelle vie, maintenant que les enfants étaient partis de la maison. Une autre fois, c’est une vendeuse de siège auto, m’aidant à installer le nouveau siège dans ma voiture, qui me dit en plaisantant qu’elle était bien contente de n’avoir plus à utiliser ces sièges et que, grand bien lui fasse, sa fille était maintenant une adolescente ! Ces quelques anecdotes pourront choquer les Français et, pourtant, cela n’empêche en rien les Suédois d’adorer leurs enfants et de passer tout leur temps libre avec eux. Les Suédois ne sont pas dupes des difficultés que la parentalité implique et ils le disent. Et j’ai trouvé que le fait de le dire était plutôt sain. On ne cherche pas à être parfait mais juste à être qui on est. Et on assume jusqu’au bout ses décisions.

A plusieurs reprises, j’ai remarqué que les Suédois ne comptent que sur eux-mêmes sur beaucoup de plans : on rapporte soi-même son plateau repas ou son café après avoir consommé, on ne change pas d’avis ou on n’annule pas un rendez-vous à la dernière minute (rdv programmé au moins 2 semaines à l’avance, la spontanéité n’étant pas trop leur truc), on assume d’être renvoyé définitivement des cours de suédois si on s’en absente sans prévenir (il est d’ailleurs écrit sur le flyer de présentation des cours que si l’on s’absente des cours, c’est qu’on a de bonnes raisons et que les conséquences doivent donc être pleinement assumées). En revanche, si on a besoin d’aide et qu’on le demande, il y a toujours un Suédois pour donner un coup de main avec le sourire. La gentillesse est vraiment prégnante ici : on s’arrête systématiquement en voiture pour laisser traverser un piéton, on prête facilement des affaires même si on ne connaît pas la personne (pour ma part, un book d’échantillons de papier peint haut de gamme et… une voiture, quand même !), des inconnus s’arrêtent dans la rue spontanément pour vous ouvrir la porte d’une boutique s’ils vous voient en difficulté avec votre poussette…

Les Suédois sont donc agréables sans pour autant être polis (toujours selon les standards français). Il n’existe d’ailleurs pas de mot « s’il vous plaît » (les Suédois peuvent éventuellement répondre « vara snälla » quand on leur rend service, soit « c’est gentil » mais ce n’est pas systématique comme en France) et les Suédois ne s’attendent pas à recevoir un merci (« tack ») pour le travail qu’ils font puisqu’ils sont payés pour faire ce travail. En revanche, ils servent en disant « varsågod », ce qui signifie « avec plaisir ». De même, ils sont à chaque fois surpris quand on veut leur laisser un pourboire et des livreurs de meubles ont même une fois refusé mon pourboire en disant que je n’avais pas à le faire. Dire « bonjour » ou « au-revoir » n’est pas une nécessité en entrant dans les commerces et je me souviens même de m’être retrouvée très embarrassée après avoir lancé « Hej » en entrant dans un magasin : tout le monde s’est retourné surpris vers moi, en me regardant avec des yeux de merlan frit et personne ne m’a d’ailleurs répondu.

Enfin, derrière la rigueur et le souci de planification des Suédois se cachent des Latins qui s’ignorent : les Suédois que j’ai rencontrés ne sont pas pressés pour prendre des décisions ou pour finir une tâche. Ils mesurent leur décision avant de la prendre car cela est forcément très engageant. Et les choses seront toujours faites mais jamais au détriment de la vie personnelle.

L’importance de parler le suédois pour s’intégrer

Dans un autre registre, la conseillère que j’ai rencontrée à l’Arbetsförmedlingen (l’équivalent du Pôle emploi), m’a dit de manière abrupte que je ne trouverai jamais de travail tant que je ne parlerais pas suédois et que mes diplômes ne servaient à rien ici (j’ai tout de même deux master et un doctorat… ça fait mal d’entendre ça). Me voyant déroutée par tant de franchise, elle me dit alors qu’elle préférait me dire la vérité pour me faire gagner du temps et m’indiqua comment faire pour pallier toutes ces difficultés (demander l’équivalence de mes diplômes et les cours à suivre pour apprendre rapidement le suédois).

Enfin, la femme d’un collègue de mon conjoint nous a dit qu’elle avait plaisir à discuter avec nous en anglais car cela lui permettait de pratiquer son anglais mais que la prochaine fois elle nous parlerait en suédois car nous devions faire l’effort de nous intégrer. Elle n’envisage ainsi pas de devenir amie avec nous si nous ne parlons pas sa langue. Et, en effet, j’ai remarqué à quel point il était important que nous parlions le suédois. Beaucoup de Suédois nous ont clairement dit que l’intégration en Suède passait par l’apprentissage du suédois. En général, ils concluent la discussion en me demandant si je me suis inscrite au SFI (programme d’apprentissage du suédois mis en place par la commune) et qu’il faut vraiment que je le fasse…

Bref, les Suédois que je rencontre sont d’une franchise parfois déroutante pour la Française que je suis.

L’intimité à la suédoise

Les Suédois n’ont pas le même rapport à l’intimité que les Français. La nudité n’est pas un problème pour eux et j’ai ainsi pu voir des hommes se baigner dans leur plus simple appareil dans la piscine d’un hôtel (piscine mixte, je précise). La situation était surtout gênante pour moi : je ne savais pas où me mettre ni où regarder !

Pour autant, les Suédois n’aiment pas qu’on les colle de trop près. Dans le bus, il est malvenu de venir s’asseoir à côté de quelqu’un si d’autres places sont libres ailleurs. Enfin, on n’embrasse pas pour dire bonjour ou pour se saluer. Un simple « hej ! » est suffisant. Ou à défaut de se serrer la main, on peut faire un « kram » (en suédois), c’est-à-dire qu’on peut éventuellement avoir recours au « hug » lorsque la personne à qui ont dit bonjour est un ami (et je vous avouerais, que c’est assez rare). La distance entre les individus n’est pas que d’ordre personnelle, elle est aussi physique.

L’intimité pour les Suédois réside dans la maison. Ils y passent la majeure partie de leur temps, surtout en hiver où ils ne s’aventurent pas trop dans le froid, attendant patiemment les premiers rayons du soleil printanier. La maison suédoise est très confortable et les longues soirées d’hiver se passent autour du canapé moelleux. Dans leur maison, les suédois peuvent se laisser à exprimer des émotions qu’ils ne s’autorisent pas à montrer en public. Se montrer à nu, c’est montrer ce que l’on ressent. Et comme le ressenti est réservé à la sphère intime, en l’occurrence la famille et les amis, il est difficile de se lier d’amitié avec des Suédois, surtout lorsqu’on n’a pas la même langue pour communiquer.

C’est la conclusion que j’en ai tiré après avoir lu un certains nombres d’articles sur l’art de vivre en Suède et cette fameuse philosophie LAGOM qui pourrait se résumer à « ni trop, ni trop peu ». Quand on est en Suède, on est dans la mesure. Il en va ainsi pour les émotions.

Le paradoxe suédois

Nous avons pu partager des moments agréables dans le jardin en compagnie de nos voisins, à partager ensemble un café (le fameux FIKA). Ma voisine m’a aidée à acheter une voiture, nous a confié ses problèmes avec sa maison en construction, ses projets de vacances, ses rapports avec ses sœurs… des sujets qui pour un français sont plutôt personnels et qu’il ne confie pas forcément de manière si directe au prime abord. Pour autant, nous ne sommes pas amis, nous n’entrons pas chez eux et ils ne souhaitent pas venir chez nous comme ils nous l’ont signifié à plusieurs reprises.

La vie privée en Suède est d’ailleurs assez éloignée de la conception française. Le site hitta est là pour en attester : il recense toutes les informations personnelles des personnes détenant un personnummer (numéro de téléphone, adresse, âge et parfois même les revenus et la situation familiale). Ce qui serait perçu comme intrusif en France est tout à fait normal en Suède : il n’y a aucun complexe à parler d’argent et il est inconcevable pour un suédois de ne pas faire preuve de transparence. Les derniers scandales politiques rappellent qu’il n’est pas possible de mentir et d’être irréprochable quand on a notamment des postes à responsabilités. Une ministre s’est ainsi vue démissionner car il a utilisé sa carte bancaire professionnelle pour s’acheter une barre chocolatée. Tout comportement doit être exemplaire et partagé par tous.

De même, la vie personnelle est très importante : on ne dérange pas les salariés en vacances et cela, sous aucun prétexte. J’ai ainsi assisté à une scène incroyable où un professeur a annoncé qu’il ne serait pas présent lors de son partiel car il avait prévu de partir en vacances. Or les étudiants sont en droit de poser des questions au sujet de l’examen. En France, on aurait considéré cela comme une faute professionnelle. En Suède, on trouve une autre solution car on considère qu’on ne doit pas déranger l’enseignant durant ses vacances auxquelles il a droit. C’est donc un autre enseignant qui s’est substitué à lui sans aucun problème.

Outre la politique parentale très avantageuse, les parents bénéficient de 120 jours par an d’absence pour s’occuper de leur enfant s’il est malade (et lorsque l’enfant est malade pendant plus de 7 jours consécutifs, un justificatif doit être délivré par le médecin et envoyé à l’agence de sécurité sociale). Le mois de février est considéré comme un mois quasi off par les suédois car les parents sont très souvent absents de leur travail pour s’occuper de leur enfant à cette période de l’année. La vie personnelle (et non pas privée) est ainsi sacrée et passe devant le travail. Tout cela n’est pas vraiment concevable en France… autant de codes culturels important à connaître lorsque l’on souhaite s’installer et vivre en Suède.

Pour moi, ce premier contact avec les Suédois me donne l’impression d’un véritable paradoxe. Pour la Française que je suis, les Suédois que je côtoie au quotidien m’apparaissent à la fois chaleureux et distants, ils sont plein d’humour mais sérieux et, enfin, ils sont aussi aidants qu’ils peuvent-être individualistes ! Bref, les différences culturelles existent bel et bien et permettent de s’interroger sur notre rapport à notre propre culture.

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