Premier jour à la förskola (école maternelle)

Aujourd’hui, ma fille de trois ans a fait son entrée à la förskola, l’équivalent de l’école maternelle/crèche en Suède. Les enfants de 12 mois à 6 ans vont d’abord à la förskola avant d’entrer à l’école. L’école n’est pas obligatoire avant l’âge de 6 ans en Suède. Mais la grande majorité des enfants vont à la förskola (pour plus de précisions sur le fonctionnement du système éducatif suédois). L’inscription à la förskola de la commune de notre fille n’est possible que si un des deux parents a son personnummer. Cela permet de s’assurer qu’il est couvert par le régime de santé et que la famille est bien installée en Suède. Enfin, la förskola coûte environ 100 euros par mois (cantine incluse), somme équivalente au barnidrag, allocation familiale versée pour chaque enfant résidant en Suède (ici un lien intéressant concernant la ville de Stockholm).

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Sortie d’école en Scandinavie

Habitant dans une petite ville suédoise mon conjoint et moi-même n’avions pas la possibilité de mettre notre fille dans une école française ni dans une école internationale, les deux étant inexistantes. Malgré tout, si nous avions eu le choix, nous aurions tout de même privilégié le système éducatif suédois pour faciliter son intégration en Suède, en lui offrant la possibilité d’apprendre facilement la langue ainsi que d’intégrer les codes culturels et sociétaux du pays. Enfin, le fondement du programme pédagogique est inspiré de toutes les pédagogies existantes avec toutefois une forte imprégnation de la pédagogie de Reggio Emilia, une de ces pédagogies alternatives qui favorise l’apprentissage empirique et non pas imposé à l’enfant (plus d’informations ici). Nos convictions personnelles nous ont clairement fait pencher du côté du système suédois classique.

Pour inscrire notre fille dans une förskola suédoise, nous avions dû remplir un formulaire directement téléchargeable depuis le site internet de la commune de notre ville. La förskola que nous avons choisie est en effet gérée par la commune et le placement des enfants se fait par cette dernière. Nous avons du indiquer quatre choix suivant la liste donnée par la commune (merci google map !) et avons attendu quasiment quatre mois pour avoir une place (délai maximum atteint). Nous avons appris la nouvelle deux semaines avant la rentrée officielle et avions initialement été placés dans une autre école un peu loin de la maison mais qui était située dans la forêt et à côté du lieu de travail de mon conjoint. Nous nous étions donc fait une raison sans trop de difficultés. Mais trois jours avant la rentrée, la commune nous a appelé pour nous annoncer que nous avions finalement obtenu une place dans la förskola que nous souhaitions en premier choix. Une fois notre choix confirmé, l’une des futures maîtresses de notre fille nous a téléphoné pour nous expliquer comment nous allions procéder.

Les parents sont donc invités à passer la semaine d’intégration avec leur enfant et cela toute la journée. Les journées commencent à 9h et se finissent à 14h sur trois jours (soit 15h d’école par semaine lorsqu’un des deux parents ne travaille pas, ce qui est notre cas). Cela permet de vivre le quotidien de son enfant, de voir comment il interagit avec son nouvel environnement et de participer à la vie de la classe. C’est ainsi que les maîtresses continuent à faire ce qu’elles doivent faire et que nous finissons par faire partie du groupe sans même nous en rendre compte. Nous avons finalement passé trois semaines en immersion dans la classe à la demande des enseignants car notre fille en avait besoin. Les parents sont ensuite invités à venir durant l’année passer quelques heures avec leur enfant dans la classe s’ils le souhaitent ou s’il y a un besoin spécifique. L’école est ainsi ouverte sur la vie familiale. Il est aussi possible de demander un accompagnement spécifique aux enseignants si on rencontre des difficultés dans sa parentalité.

Ma fille a trois maitresses (soit une institutrice pour 6 enfants entre 3 et 6 ans) qui, en plus de parler suédois, pratiquent toutes le langage des signes. Les enfants apprennent donc à signer et cela fait clairement partie du projet de prise en compte des différences de l’autre.

L’ambiance est tout de suite très agréable. Les institutrices sont plutôt jeunes et pas du tout stressées. Tout se passe de manière très fluide et très libre. La classe est organisée comme dans un appartement et on peut circuler librement d’une pièce à une autre. Les enfants sont tout d’abord invités à se dire bonjour et à se présenter. Puis l’heure de la collation arrive : des fruits que l’on partage et que l’on mange ensemble avant d’aller passer une heure dehors pour s’amuser ou aller faire des loisirs créatifs. Les groupes s’alternent un jour sur l’autre. Ensuite, les enfants rentrent pour déjeuner : nous sommes tous assis à table avec une institutrice par table qui supervise le déjeuner. Le déjeuner est composé d’un plat principal (viande/poisson, féculents et légumes) dont les aliments sont issus de l’agriculture biologique (KRAV). Il n’y a pas de dessert ici à notre grand regret car nous n’avons pas l’habitude de finir le repas avec seulement un café. Les Suédois considèrent en effet que le sucre n’est pas utile pour les enfants et que cela les excite… mais aucun ne réclame autre chose que ce qu’il a reçu et ma fille n’a d’ailleurs pas remarqué qu’elle ne finissait pas son repas sur un fruit ou un laitage.

Concernant le repas, tout est basé autour du vivre ensemble, de la coopération et de l’autonomie : les enfants sont invités à se servir eux-mêmes à table, à débarrasser leur assiette et ils aident les plus petits qui n’y arrivent pas. Tout se fait de manière très spontanée et on laisse avec confiance les enfants s’exprimer. L’empathie et l’apprentissage de la gestion des émotions est un aspect très important : il y a même une activité une fois par semaine consacrée à l’empathie !

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Intérieur d’une förskola suédoise

A la fin du repas, les institutrices vont coucher les enfants qui veulent dormir et les autres sont invités à faire une activité calme, tout en écoutant une histoire. Tout le monde se met à table : les adultes boivent leur café pendant que les enfants jouent tranquillement. Puis, les jeux deviennent plus libres et plus vivants au fur et à mesure que les enfants se réveillent de leur sieste. Ici, on ne propose pas, ce sont les enfants qui choisissent leurs jeux. Les jeux ont une place très importante dans les förskola et sont ponctués de courts apprentissages de la lecture ou encore des chiffres (20 minutes maximum pour éviter de saturer l’attention des enfants). Ce temps de jeux est très important car cela permet aux enseignants d’observer les comportements/interactions et de retravailler les règles de vie et de société avec les enfants si besoin. Les institutrices connaissent parfaitement les enfants qu’elles accompagnent. Pas uniquement ce qu’ils aiment ou n’aiment pas. Elles les connaissent profondément : leur caractère, leur capacité d’empathie et d’interaction avec les autres, leurs limites, leurs forces et leurs qualités. Elles partent du principe que l’enfant est naturellement bon. Cette remarque d’une des maîtresses m’a particulièrement touchée : « Votre fille a pris des mains le jouet de cet enfant qui a d’abord montré de la résistance. Et puis je l’ai entendu dire : « elle ne sait pas encore, elle vient d’arriver… je lui laisse mon jouet ». Les enfants ont un grand cœur ! » A un autre moment, un petit garçon s’est mis à pleurer car il avait froid dehors : plusieurs enfants sont spontanément venus le voir pour savoir si tout allait bien. La même maîtresse me regarde alors attendrie et me dit : « Les enfants sont naturellement empathiques, il faut les aider à le rester ».

Cette matinée est passée avec douceur et légèreté. Tant d’humanité et de respect des émotions de l’autre m’ont conquises. Pour conclure, je raconterai cette anecdote qui m’a beaucoup émue : un petit garçon afghan est sorti de sa sieste en hurlant. L’institutrice qui était avec nous nous a juste dit qu’il hurlait tout le temps dans son sommeil (on imagine ce qu’il a pu vivre). Elle s’est agenouillée près de lui et il a d’abord eu un geste de rejet avant de se jeter dans ses bras en sanglots. Elle l’a tenu ainsi dans ses bras pendant au moins 10 bonnes minutes, le temps que les sanglots s’apaisent. On sentait vraiment qu’il évacuait plein de choses.

Pour tout ceux qui penseraient que la prise en compte des émotions de l’enfant est une faiblesse, j’ajouterais seulement que tout cela n’empêche pas le cadre et le respect des règles, avec tout ce que cela implique. Ainsi, les enfants qui ont fait le choix d’aller jouer dehors doivent assumer leur choix et il n’est pas possible de rentrer avant les autres parce qu’on s’ennuie. Enfin, il est important d’apprendre à marcher en ligne et de ne pas déroger à la règle : les enfants doivent marcher les uns derrière les autres et recommenceront tant que la ligne ne sera pas respectée… Ceci est en effet un préalable nécessaire pour apprendre à marcher en groupe dans la rue, lors d’une sortie scolaire. Il en va de la sécurité de tous.

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